Il s’est mis à tirer sur la peau du visage

Jusqu’à ce qu’elle devienne
Une rue traversée d’hommes et de femmes en retard
Des dizaines d’inconnus au bataillon
Qui ont chaud
Qui ont froid
Qui se marrent
Qui marchandent
Qui travaillent le fer des apparences
Tirer, tirer sur la peau
Qui finit en bataille de gangs à la fin de la journée
Il faut bien se défouler un peu
Il faut bien montrer de quoi on est capable
Avec toutes nos personnalités en stock
Nos grands fonds identitaires
Qu’aucune écriture ne parvient à recenser
Celui qui séduit à mort
Celui qui étend sa grotte
Celui qui lèche la main de ses ennemis
Celui qui met du beurre dessus avant de la broyer
Celui qui voit loin jusqu’à la retraite
Celui qui met les lunettes d’Invasion Los Angeles
Celui qui se lève tôt
Celui qui contrôle le mec qui se lève tôt
Celui qui dépasse les bornes pour mesurer son périmètre
Celui qui s’expose aux conséquences du désir
Celui que j’étais mais dont j’ai perdu la clé
Celui qui court en jogging
Celui qui court pour sauver sa vie
Celui qui tombe dans le panneau
Et se relève avec une gueule de panneau
Et tous ceux que je n’ai pas cité
Et qui attendent une greffe de visage
Tirons plus fort sur la peau
On en a une il faut s’en servir
Au lieu de se prendre pour un nain de jardin
En résidence surveillée
La peau ça sert à draguer le monde
La peau c’est une manière d’avoir chaud
Quand on la balance sur les autres
Comme une couverture de survie
Il tire sur la peau et parfois
Il tire avec les doigts d’une autre
Cette autre au bord du nom et qui lui dit
Comme un dictionnaire érotique 

Tout visage est un déménagement en cours

Photo : Les yeux sans visage, film de Georges Franju (1960)