Je n’ai pas spécialement envie de changer
Mais il parait que ne pas changer c’est mourir
Il parait que ma forme est obsolète
Que j’ai loupé des centaines de mise à jour
Qu’on me regarde comme une voiture cramée
En attente d’expertise
Ils disent que ma carte de crédit est la clé
Que je dois la sortir pour avoir accès à moi
C’est bizarre ces injonctions
Comme si naturellement j’étais un virus
Que la fonction d’acheter purifiait
Comme si se déconnecter
Devenait un petit morceau d’arête
Coincé dans la gorge de l’économie
Je ne veux pas changer tout de suite
Je commence juste à m’habituer
A me plaire, à me renflouer
Pas grave si je tiens du papier-peint d’il y a 20 ans
Et du système d’exploitation d’une statue
C’est vrai qu’à ce rythme d’antiquité
Les musées vont bientôt me réclamer
Je ne dis pas que j’ai raison
Même à trois jours de barbe
Je n’ai pas ce luxe dans les poches
On n’est que le théorème de soi-même
Et parfois ne pas bouger et ne pas chercher la suite
Regarder un arbre grandir par la fenêtre
Laisser passer plusieurs métros bondés
Se laisser porter par la poésie clandestine
D’un mail reçu comme un carreau d’arbalète
Entre les deux yeux à l’essai
Parfois ça vaut le coup
Ça vaut le coup de prendre la pause
De s’installer loin des scénaristes de notre chute
Ça vaut le coup de rester fixe
Comme un clou dans un mur qui court
On voit mieux ce qu’on devient
On voit mieux pour qui on bosse
Pour qui nos changements sont une mine d’or
Mais je n’aime pas parler pour les autres
Aujourd’hui je ne bouge pas
Je n’ouvre pas ma porte
Je ne me refais pas le visage
Je vais chercher ma saveur ancienne
Celle qui existait avant qu’on m’étouffe de confettis
Celle qui ne doit rien aux centres commerciaux
Celle qui dort dans une guitare sans cordes
Je reste là longtemps à faire le guet pour rien
Je reste si longtemps moi-même
Qu’un huissier de justice pourrait passer
Et constater que je ne bouge vraiment pas plus
Qu’un recueil de poésie dans une grande librairie