Va savoir ce que ça change d'écrire ou de se taire

Simplifier au maximum ses pensées, atteindre le niveau zéro, le dock de départ où tout se décharge, une forme d’élagage un peu tardif histoire de voir le squelette qui se marre. Surtout ne pas écrire, ne pas rejoindre le contemporain et ses haut-parleurs, mais ce n’est pas aussi simple qu’on le croit : quand on vit dans un pays où on peut presque tout dire sans risquer la prison, on se sent obligé de s’exprimer sans début et sans fin avec la meute, obligé d’hurler sa version pas très originale, obligé de balancer ses mots comme des chiens de chasse dans toutes les rues de la réalité, obligé d’avoir raison sur tout, d’avoir raison d’avoir tort, obligé de croire que chaque phrase dont notre bouche se déleste nous appartient, oui c’est moi, c’est moi qui dis ça, qui le pense, je suis le premier, je suis le dernier, je suis le seul, l’unique, un collector vivant qui édite soi-même son petit pouvoir parmi des millions. Et quand j’écris je fais un seflie, et quand je parle c’est la même chose mais avec flash. Notre langage nous tient chaud, notre langue est si longue qu’on peut s’en draper le corps entier, et dans cette course interminable à l’expression, dans cette compétition où les médias tiennent les rennes de Babel, où les joueurs de flûte professionnels sont légion, on oublie que gueuler sa présence ne la renforce pas, on oublie qu’à force de vouloir être au monde à tout prix, à force de se servir des plats tout préparés, on n’a pas vraiment commencé à penser par soi-même, j’écris, je gueule, je capte l’air, je recrache le temps, je suis un fait divers qui roule des mécaniques, je suis une mécanique déjà obsolète mais qui le cache, je ne garantis pas mes écrits plus de deux ans, c’est l’époque qui veut ça, va savoir ce que ça change d’écrire ou de se taire. Et parfois je connais la réponse

C’est comme s’il n’avait rien écrit
Comme s’il était toujours vierge
Ses mains devenues infréquentables
Son cerveau assis sur un banc
Il a du se tromper de jour
Enfiler son visage à l’envers
S’il pouvait faire l’impasse
Sans perdre trop d’argent
S’il pouvait marcher jusqu’à l’oubli
Et lui faire la peau au passage
Il reçoit un message dans la poche
Est-ce que tu vas bien
Est-ce que tu reviens te soumettre
A nos structures hiérarchiques
Bine sûr c’est promis
Quand j’aurai fini de boire ma citerne de café
Quand j’aurai l’inconscience tranquille
Allez un peu de vitesse entre les lignes
Enfiler ses baskets noires
Semelle spéciale qui absorbe les chocs
Au cas où il faudrait fuir
Fuir un peu mieux que les autres
Se sentir prêt dans un monde hypothétique
Et l’aimer plus qu’il ne vous aime
C’est parti
Il se met dehors
Il croise dans les parties communes
Une voisine que son mec vient de mettre à la porte
Elle a reçu des coups elle en a donné
Un peu plus à la porte qu’à son mec
Elle veut rentrer et continuer comme ça
Les flics sont venus plusieurs fois et les pompiers
Mais tant que personne ne gît dans une marre de sang
Le scénario peut se répéter
Tant que ni l’un ni l’autre ne porte plainte
Leur amour peut se défoncer légalement
Il pourrait encore jouer le médiateur social
Le psy entre deux étages
L’émissaire de la raison et du bon sens
Mais certains évoluent dans des réalités intouchables
Et cette jeune femme qu’il croise sans s’arrêter
A fait de sa souffrance une propriété privée
Passe ton chemin comme ils disent
Quel chemin ne saigne pas du nez
Extérieur jour
Jour à poil
Il ne sait pas où il va
Ça lui fait grave plaisir
Il n’a envie de frapper personne ni d’écrire
Juste marcher
Marcher avec pour seul objectif
Le millimètre d’usure sous ses semelles

Dans le monde du travail depuis l’année 2009
Sa chance s’est montrée plutôt discrète
Où qu’il se pose
Où que ses fesses adhèrent
Malgré les rivets et la volonté de puissance
Malgré la glue et les doigts dans la porte
C’est toujours la place du mort qu’on lui laisse
Le siège éjectable à moyen terme
La chaise musicale dans la gueule
L’entretien préalable avant de se retrouver seul et pas payé
C’est comme ça un peu répétitif compulsif
Tapis rouge pour la sortie
Toujours bonjour au revoir sans parachute
Et son téléphone s’efface d’une dizaine de portables
A croire qu’il n’est pas fait pour travailler
A croire qu’il serait mieux chez lui à se fabriquer
Une place en bois de titane
Oui c’est possible lui ont dit les poètes
C’est possible tant que tu ne pisses pas trop loin
Il faudra aussi parfois que tu écrives
Ont ajouté les poètes très pragmatiques
Une place ne vient pas comme ça
Parce que tu l’aurais commandé sur Internet
Il faudra manger ta semelle comme Charlie
Et renoncer aux filles dans les jacuzzis
Il faudra aussi plonger dans les entrailles
Seul ou hanté
Les poètes expérimentés ont continué comme ça
A lui parler de la vie souterraine
Des détails du contrat
Ils continuaient à parler encore
Ça faisait déjà une demi-heure qu’il était parti
Il était parti retourner bosser
Certains témoins affirment même
Qu’il était parti en courant
Comme Michael Johnson en 1996



Balancé sous un ciel bleu
Dans la ville qui ne rend pas les armes
Il se demande pourquoi dès le matin
Certaines personnes pourtant pas détestables
Transforment leur bouche en siphon
Pourquoi aussi son pied s’enfonce dans le bitume
Et ses mots dans des parcmètres
Pourquoi il faut donner une suite
Pleine de salive à des scénarios bidons
Et deux heures assises lui semblent des années
Einstein rigole
Einstein se la coule douce dans un bistrot
Il y a des bons moments si on va les chercher
Si on paie leur caution sans discuter
Par exemple faire une pause avec des collègues
Qui ne comptent plus les fractures d’identité
Protocole de détente
Le rire expresso lui va bien
10 minutes qui font sa journée
Dans ce quartier qui se fait pas mal de fric
Il résiste en amateur
Les doigts sur des gobelets en plastique
Et autour des lèvres
Revoir des muscles oubliés
Si seulement il y avait des micros pour se souvenir
Tout ce qu’il raconte finirait aux archives
Comme la preuve irréfutable
Qu’on peut être en cavale sans bouge

Toute existence se consolide par la poussée
Et mes chaussures de ville rêvent de campagne
Je me valide chaque jour
Et je caresse des machines qui jouissent trop vite
Toute existence est une histoire d’amour
Entre un point A et un point B
Compression dans les côtes
Malgré mes esquives
La foule hémorragique me rattrape
J’adore votre coude madame
Et mon pied sur le votre est un salut d’éléphant
C’est fou le nombre de convergences à 08h06
Sur le quai du métro à Gare de l’Est
Aucun livre ne m’extrait
Aucune phrase plus forte qu’une autre
On dirait qu’on va rester là oubliés
Sur le tarmac de nos téléphones
On dirait des momies fraîches en rangs serrés
Les yeux dans l’autre monde
Le talc de l’info sur les fesses
Et je me dis qu’abandonner ici un ou deux médias
Ne me ferait pas de mal
Qu’il faut se soustraire tant qu’on peut
Et rattraper son corps
Même s’il ne tombe pas
8h10 dans les jambes
Le frémissement collectif
Comme une aurore souterraine
Le métro vient chercher nos histoires
Et personne ne brandit de coupe-file
Toute existence se consolide par la poussée

Les éditions du Burn-out présentent 

Ça va faire un an
Que tu n’as pas mis les pieds là-bas
Là-bas c’est quoi ?
C’est où déjà ?
Une impasse qui se prend au sérieux
Un sérieux lynché par le souvenir
Un souvenir sous un talon
Un talon qui s’use moins vite que l’homme
Un homme qui s’emmure
Un mur recouvert de tags
Un tag dans le cerveau
Un cerveau au garage
Là bas ça existe encore ?
Ça produit encore des Burn-out en série ?
Avec sa gueule de Pandore
Avec ses couloirs un peu morts
Là-bas où soufflent la clim
Et les vents contraires des objectifs
Ça va faire un an
Que tu as disparu dans tes propres Bermudes
Au moins l’avion ne t’a pas coûté trop cher
Au moins les chiens à tes trousses
Ont renoncé à ton tibia
Un an ça se fête
Tu inviteras ton psy et la pharmacienne
Et quelques écrivains qui n’ont rien d’autre à faire
Je crois qu’on peut parler sans garde du corps
Je n’ai repéré aucun mouchard ici
Tu es au bord de l’exploit mec
Un an et aucun magicien ne te ramène là-bas
Aucune DRH ne pose ses lèvres froides
Sur un courrier à ton nom
A croire que la notice de ton existence
S’est perdue au fond d’un tiroir
A croire qu’il fait beau dehors
Et sous les aisselles
Ça va faire un an
Un an de visages rafistolés
Un an que la forêt est ton principal voisin
Aucun arbre n’est tombé
Aucune menace à part les tiques
Tu te ramollis un peu c’est vrai
Tu cherches la fonction Bass Boost
Un an c’est quoi ?
Une pincée d’éternité
Et là-bas ils te gardent une place par politesse
Là-bas eux aussi savent placer des explosifs
Ils appellent ça
Mesure extrême de sécurité
Ils appellent ça
Fumer un homme

( Ordonnances du dimanche avec barbe de trois jours ) 

Un détail gagne la partie

Ecrire ses 40 noms par ordre de pertinence

Nous serons tous des locataires et des intérimaires

Les mâchoires se souviennent du rire

Une presse hydraulique sur un réveil

Dark Vador victime d’un Burn-out

Voici une œuvre sans chef

On ne dit plus bonjour mais ta gueule

Un poète embauché par la CIA sauve le monde sur 1 m²

On ignore si le poète a survécu

Des fois on oublie les clés dans nos mains

L’homme des villes est un rat de laboratoire

Un président déjeune en compagnie d’un fainéant

Et lui demande un autographe

On a enfin trouvé de la vie sur Terre

On cherche encore l’intelligence

Un homme branche une guitare sur la Joconde

Les prix des sourires vont monter

Inutile de vous dire qui je fus

Michaux a déjà répondu

Il fait beau comme une insulte

Progrès à mourir de rire

Le démembrement en entreprise

Améliore de jour en jour ses effets spéciaux

Conséquence flash

Un type à rêvé que Scarlett Johanson était son chef

Moralité

Tout rêve est une insolence hiérarchique

D’autres moutons à fouetter

Un cours de littérature tue un poète sur le coup

Ses organes portent plainte

Ne vendez pas votre âme on l’a déjà

Quelqu’un a des nouvelles de la vérité ?

L’oreille de Van Gogh retrouvée chez un chômeur

Des négociateurs sont sur place

Et n’excluent pas un recours au CDI

Non je n’avalerai pas par solidarité

On agrandit la fabrique des aphones

On agrandit l’image

Le soleil est le meilleur hôpital

Tout poète est une langue morte en plein déni

Et un détail peut gagner la partie



Manifestement

On leur dira bonjour
Depuis le sommet d’un doigt d’honneur
On leur dira que ce n’est pas grave
Que la mort sera une meilleure démocratie
On leur dira qu’on les aime
Vu la haine en murs porteurs
On leur dira qu’ils ont raison
De coter la folie en bourse
On cherchera leurs secrets
Dans des textes secrets
On leur dira qu’ils sont beaux
Comme des dieux dégonflés
On leur dira leur avenir
Dans un coup de boule de cristal
On leur dira la vérité
Entre deux gardes du corps
On leur dira ce qu’ils savent déjà
Le matin en se levant
Tout ce qu’ils mettent de côté
Sous un tapis
Sous la langue
On leur dira que nous sommes là
Indélébiles
On leur dira que leur société est une drogue
Qui ne fait plus beaucoup d’effet
On leur dira et ils n’écouteront rien
On finira chez soi et dans les archives de l’INA
On dira au mur qui n’a pas bougé
Un jour le sol te laissera tomber

(pour en finir avec la rentrée « littéraire » / Dédicace aux commerciaux écrivains)

Si la rentrée est pour toi
Le signe qu’il est temps de domestiquer
Toutes les librairies de France
Si tu as écrit un livre sans faille et sans douleur
Avec ces sages-femmes hyper bien payées
Je veux dire tes potes du marketing
Si ce livre hyper calibré porte ton nom
Alors que tu n’y as même pas joui
S’il est capable de crocheter
N’importe quel cerveau fatigué
Par le harcèlement publicitaire
Si tu crois que la littérature est une peau d’ours
Sur laquelle tu fais des pompes
Si tu comptes les centimètres sur les étals
Les centimètres halogènes de ta présence
Si tu écris pour exister
Un quart d’heure à la télévision
5000 ventes de plus
Si tout cela t’est facile comme
De virer les gens un peu trop vrais autour de toi
Alors ta gueule vaut plus chère que ton ombre
Ta gueule s’habille en podium
C’est dur à entretenir
Ça consomme beaucoup d’électricité
Beaucoup de relations d’appoint et de trahisons
Mais tu t’entraînes depuis si longtemps
Ton psy a démissionné grâce à toi
Tu y vois un signe clair
Un signe d’alignement derrière toi
Derrière ces mots que tu n’écris pas
Mais que tu manages
L’intelligence est parfois dégueulasse
On t’achètera sans doute mais on ne t’aimera pas
Ce n’est pas la priorité de nos jours
De nos jours l’amour se fait jeter de la réalité
Et dire que tu parles de lui sur 200 pages
Comme si tu l’avais vu de près
Et alors ?
On fait bien des films avec des dinosaures
Des trucs bien morts et au musée
Tu dors super bien la nuit
Septembre est ton complice
Pour braquer les lecteurs
Et la meilleure poésie pour toi est celle qui pointe
Sur la ligne solitaire mais lyrique d’un chèque
Quand même c’est marrant d’être écrivain
Un écrivain pas du tout dépressif
Et qui porte ce mois-ci un slip Hugo Boss
Personne ne t’aimera vraiment
Ça tombe bien car en septembre
Tu te sens d’humeur à tous les baiser
Une humeur bancaire qui te ferait dire
Un soir de remise de prix
Il suffit d’écrire sous Excel
Pour se débarrasser de l’éternité

La poésie n’est pas un chien d’attaque très obéissant
Souvent elle se retourne contre son maître
Souvent elle cache un tibia ou une clavicule
Dans un trou au fond du jardin
Heureusement qu’il y a des prothèses à foison
Dans les livres qu’on n’a pas écrits
Heureusement qu’on peut piquer
Un peu de moelle à ses amis
Et se planquer sous un matelas de métaphores
Quand le jour se lève un peu trop tôt
Normalement le poète a une préférence pour les chats
Mais 3 siècles de domination ça suffit
Il faut savoir écrire comme un chien
Et louer son cerveau à des chiens
Si on veut siffler le monde un peu sourd
Et le voir faire allégeance
On peut toujours rêver c’est dingue
Aucun président ne fera des réformes là-dessus
D’ailleurs
Pour rester à couvert dans ce champ lexical
Si la poésie montre parfois les crocs
Ce n’est pas tant pour effrayer la galerie
Que pour se brosser les dents
Et chasser la mauvaise haleine du monde
Ceux qui prétendent que la poésie est glamour
Dans sa niche de panthéon
Sont beaux comme des CRS
Proposant une théorie du chaos un jour de peuple
Et si personne ne voit le rapport après deux verres
Ni le rapport entre les deux verres
C’est qu’il est minoritaire
Un peu étouffé par sa laisse
Dernière chose avant de passer à une activité salariée
Qui ne tolère aucune phrase gratuite
Si malencontreusement vous perdez votre chien
Ne le cherchez pas
Il serait capable de revenir empaillé
Ne le cherchez pas non plus ailleurs
Ailleurs
Ça s’écrit ici

Que devient ton égo l’ami ?

Toujours aussi occidental ?

Toujours en gros plan ?

Une image scoop à nous refourguer peut-être?

J’ai cru entendre que c’était comme un shérif vieillissant dont l’insigne sur la poitrine se désagrégeait un peu plus chaque jour au contact des regards apprentis assassins

Pourtant toi aussi on t’apprend à devenir assassin dans les cerveaux, et même je crois que tu as des victimes qui prendraient bien leur revanche notamment aux abords de la valve mitrale, c’est de bonne guerre sauf quand tu tombes sur experts, des gens bien mieux formés et bien mieux payés pour ne pas faire de sentiments

Ce qui est vrai c’est qu’on t’apprend bien plus à écraser qu’à éviter de te faire écraser

Tu ne crois pas que tu devrais gober un psy ou faire le tour de la Terre à dos de souris Logitech ?

Tu ne crois pas que demain te tendra ses bras coupés 

Peut-être que quelqu’un balancera une blague quand personne ne s’y attendra

Une blague dans le système bien plus efficace qu’une piqure de Botox

Sur la gueule d’un président reprenant le tube de Bourvil

Les rois fainéants n’ont bien qu’à se tenir

Et se recouvrir le dos de glue avant de se remettre au lit 

Si ce n’est déjà fait

Certains ont vu venir les mocassins dans les sabots

Ton égo est-il réceptif ?

N’oublie pas d’enclencher le Full HD

Et de faire l’amour 300 fois

Avant de sortir de chez toi

Aujourd’hui est une vieille guitare lancée en l’air

Trois choix s’offrent à moi
Avant que le soleil ne se plante plus haut
Trois blagues en colocation
Qui ont mis leur cravate et leur dentier
Comme si je faisais un casting
Devant mon café
Choix 1
Rejoindre le ring du quotidien
Mais sans les poings
Continuer à bosser
Pour les beaux yeux du capitalisme
Et laisser les insultes dans la penderie
Choix 2
Si je suis courageux
Tomber dans les escaliers
Avec un casque de chantier
Si je ne le suis pas
Forte probabilité quand même
Choisir une maladie bénigne
Tousser pour s’échauffer un peu
Asile politique offert aux virus
Choix 3
Manger avec application
Les premières pages de la Recherche
Le cerveau en Marcel
Comme on dit
Une dépression en 5 minutes chrono
Est-elle possible ?
Je l’ignore mais ça vaut le coup d’essayer
L’homme est une expérience
Qui n’en finit pas de rater
Me disait mon prof de ping-pong
Malade juste ce qu’il faut
Sans ramener l’hôpital chez soi
La crédibilité des symptômes importe peu
C’est la communication qu’on en fait
Qui goudronne la journée
Par exemple
La catapulte d’un mail ou d’un texto
Vers un service RH
Un appel avec une voix trafiquée
Désolé je ne pourrai pas venir
Vous laver les pieds
Ni trouver de l’or dans ma sueur
C’est à peine si je peux cracher dans la soupe
C’est à peine si je vous parle
Si je vous parle sans crier
Comme si la mort me prêtait son chewing-gum
Une petite arnaque
Comme un tapis rouge
Une petite arnaque parmi d’autres
Pour s’en sortir
Je vois une guitare dans le ciel
Qui prend son temps

Se reposer est un jeu d’échecs

Au hasard je me lève
Mais on ne pourra pas dire comme le soleil
La poésie a des limites à 5h du mat
Des limites clairement scientifiques
Et qui réclament qu’on les plonge dans du café
On est quel jour ?
On est quel visage ?
Inutile de compter
Sur les deux tire-au-flanc de proximité
Qui se font passer pour des chats
Inutile de démonter l’ordinateur
Qui attend des instructions précises
Une frappe au bout des doigts
Effaçant l’instinct de fantôme
Et je me rappelle que
Tous les jours c’est le 1er avril
Et tous les jours aussi
Je fais du sport de glisse
Sur la gueule qu’on me donne
Andy Warhol, Nico et le Velvet ne l’ont pas dit
Mais le visage est une peau de banane
Qui se prend pour une pomme
Et ce serait facile de dire
Une pomme ravagée de pépins
Mais je n’aime pas trop cette version
A 5 heures du matin
Ça sonne comme une porte d’entrée
Et je préfère les sorties bien éclairées
Donc je rajouterai un peu de poison
Avec ma plus belle main de sorcière
C’est bon je l’ai écrit
Petit producteur
J’ai rempli mon cageot
Maintenant c’est bien beau
C’est bien laid
Pas d’erreur marketing
Mais qui vient me croquer avec de vraies dents
A cinq heures du matin ?
Franchement il n’y a pas foule
Dans les dimensions officielles
Si je mets un peu de musique
Ça change quelque chose ?

La rentrée
C’est marrant ce terme
Vu qu’on est peut-être parti
Mais pas vraiment sorti
Des limites de la société
La rentrée
C’est le mirage en bande organisée
Le frottement de mains mondial
Des équipes marketing
Les surfaces deviennent grandes
Les cerveaux convertibles
Les listes hautement tactiques
A ce moment aussi
Les rayons ne sont plus solaires
Aucune fenêtre pour contredire
Et dans ce dispositif rituel
Aussi drôle qu’un rappel d’impôts en 3D
Les objectifs sont simples
On n’est pas loin du mantra fauché
Dans la bouche d’un illuminé
Je vais voir de plus près
Je veux pousser du caddie moi aussi
Je veux ma part du butin
Ma part d’abondance
Même si je n’ai aucun besoin
Dans l’instance
La règle à bord
Tu rentres tu paies après
Cartes bancaires en cours de soumission
Et je vois dans les allées
Les enfants qui managent leurs parents
Les parents bien élevés par le système
Affaires de classe
Classe affaires des marques
Vendre du neuf à des vieux précoces
Vendre du vieux dans de la lingerie neuve
Des palettes chargées de livres ou de viande
Même combat
Des livres qui se demandent ce qu’ils font là
Et nul ne leur répond
Et nul ne se plaint au bout de la chaine
Des caisses en Burn-out
Je commence à reculer
Comme si je venais de voir mon chef dans mon lit
La rentrée c’est pour tout le monde
Gueulent les panneaux
Ils ont bloqué les sorties sans achat
Et posté de nouveaux vigiles
Bien plus balaises que les précédents
Je leur demande si je peux rentrer chez moi
Si je peux quitter la file discrètement
Ils me répondent d’un autre monde
Doigt tendu vers l’infini des codes-barres
La rentrée c’est ici
On a le monopole

Vouloir partir en courant
Dans un long travelling
Comme dans les 400 coups
Et se prendre le mur du son
A 30 km/heure avec des baskets chinoises
Le mieux qu’il puisse faire sans dopage
Les pieds sur le bureau
La réalité saute sur l’occasion
Mon pote, c’est l’heure de tout te dire
Ta chaise connait de meilleurs décollages
Ça va te paraître un peu gros
Mais ta chaise a été fabriquée par la Nasa
Tu peux vérifier il y a le logo sous l’assise
Et puis après toutes ces années passées à écrire
A boire comme un trou noir avec le vide
Et toutes ces sales gueules d’étoiles
C’est quand même pas une surprise
Le doute peut faire ses valises
Perdre autant de fric
Sur le dos bossu de ta poésie
Je pense que tu peux faire un effort
Et modifier ton orbite
Ce qui se passe sur la Terre
C’est toujours l’encyclopédie des mystères
Ne fais pas la fine bouche
La rue a de bons amortisseurs
Rapporte-nous quelques cailloux
On les mettra dans les chaussures qu’il faut

Je me sens fort comme un lion dans le viseur, heureusement que j’ai lu hier soir, la ville peut bien quadriller le marché du désir et tracer nos faiblesses jusqu’à en trouver les muqueuses, il reste quelques renfoncements que ses caméras ne couvrent pas : des îles de poche, des poches où mettre ses mains, des mains qui tissent des histoires, des histoires qui camouflent le cerveau. Sur le trottoir je tiens en rappel par le fil d’un texte qui ne rapporte aucun argent à son auteur, c’est peut-être un détail mais aujourd’hui comme pas mal d’autres jours, ce sont des détails qui nous maintiennent debout, et tourner une page dans un monde qui se croit moderne, ça reste encore la bonne direction