mardi 30 janvier 2018

Le type #17


Le type il sert le café quand il parle
énorme patte blanche qui dépasse de la manche
plus blanche tu meurs
plus propre tu ressuscites
il repousse comme il peut sa petite envie de foutre le camp
ou de couper quelques fils dans la salle des serveurs
des complots dérisoires
mais qui réchauffent le cœur malgré tout
ici l’ambiance lui semble un ultimatum général
ici le temps de soumission n’est pas super bien payé
c’est sûrement pour ça
que le braconnage du rire
a pris chez lui des proportions conceptuelles à deux doigts
de flinguer les réunions de service
et ça expliquerait la sciatique dans sa tête
et le recours à des pauses plus longues que des stades de foot
il se dit qu’il faut bien évacuer
en dehors des alertes incendie
fait rarissime
un autre jour mais le même
il croise la DRH qui lui balance une moitié de blague
et c’est l’autre moitié qui l’atteint
des fois le second degré se les gèle
main sur l’épaule
brave bête faut se détendre l’amygdale des fois
et vivre vieux dans la jouissance si possible
oui mais
il a été scientifiquement prouvé que les cadres
sont en meilleur santé que les employés
il dit ça comme ça
comme si l’info n’était pas juste un figurant
rire à sec et bout de gras
sur le chemin de la machine à café
ils vont bien ensemble sur dix mètres
RECORD BATTU
pendant que le type renait dans la caféine
il se demande à quelles manœuvres délicates
se livrerait la DRH après trois verres de vodka
il se demande ce qui déforme le mieux
les gens qui se tiennent trop droit
et surtout
comment le pouvoir trouve le temps de se laver les dents
avec tout ce qu’il ne cesse d’engloutir

jeudi 28 décembre 2017

French retouche


Le soir arrive comme un cheveu sur le crâne d’un chauve
les réverbères tiennent la rue
tout est calme et préparé
les moyens augmentent dans la résidence
et aussi la buée sur les vitres
dans ce périmètre majoritairement familial
on rentre parce qu’on aime bien rentrer
et on règne enfin sur quelques m²
un faible pour la cuisine
situer le point de chute de notre faim
ce qu’on peut faire du verbe aimer
quel jour tu veux
je te le donne
j’en ai plein en réserve
élevés en milieu naturel sous une étoile trop bonne
encore des promesses
quand je prends ma guitare pour un tunnel sous la Manche
Should I stay or should I write
Hamlet aurait adoré brûler la sienne
et Ophélie aurait été la première à se jeter dans le public
dans un solo de virginité
un peu de chaleur en trop
un peu de folie aux fesses
et le français déchante dans un coin
le français mort de trouille devant ses propres mots
il ne mâche plus des braises au ptit déj
il attend un slow

mardi 19 décembre 2017

Manuel d’intervention poétique #7 : 
Il faudra se trouver un autre corps


En 24 heures il s’en passe des choses
la plupart ne t’ont pas demandé ton avis
tu te raccroches au mouvement saccadé de ta jambe sous le bureau
le week-end est loin
si loin qu’on frôle l’utopie
c’est étrange ce que nous apprenons à l’école
nous savons si peu de choses de notre corps
quelques astuces de reproduction
les fondamentaux de la douleur
pour le reste tu n’as pas fait médecine
si tu veux des tuyaux
faudra repasser des concours et des cols de chemise
si tu veux un effet Matrix
pilule bleue contre pilule rouge
faudra casquer en révolutions et en insomnie
et la vérité pisse dans un coin
et nous continuons à suivre nos fonctions corporelles
il faut bien remplir les poumons
dit le docteur
il faut bien prélever l’énergie de la jeunesse
dit ton chef qui arrive à 10 heures
tu devrais donner un nom à ton corps
si tu veux négocier avec lui
ou en trouver en un autre qui se laisse faire      
parfois un poème fait l’affaire
parfois c’est comme écoper la mer
au diable le ridicule
on l’est tous dès qu’on vient au monde
et un peu moins quand on le quitte

samedi 16 décembre 2017

Manuel d’intervention poétique #6 : 
Achevé d'imprimer en France quand tu veux


Et donc je sors un livre comme on sort de sa tanière

et je repense au renard pris dans un des pièges de mon père en Bretagne

je dis : tu ne vas pas le flinguer quand même ? Le renard n’est donc pas une espèce protégée ?

et de vérifier sur le cul de la nourrice Google

non, le renard est toujours classé comme animal nuisible

et à quoi reconnait-on un nuisible ?

Copié/collé de feignant : un animal doit répondre à plusieurs critères pour être classé nuisible. Il faut qu’il attente aux habitats naturels, ainsi qu’à la faune et la flore sauvages ; qu’il engendre des pertes importantes dans les cultures, élevages et pêcheries ; qu’elle mette en danger la santé animale et /ou humaine ; et enfin pour d’autres raisons impératives d’intérêt public majeur que nous garderons secrètes car votre QI n’a pas le niveau

Ok, je m’incline un peu, surtout à cause de la dernière phrase, je m’étonne que l’homme ne soit pas en tête de liste à ce compte là

et donc certes j’ai bien vu disparaitre une ou deux poules, un agneau, un chat à la retraite, une famille de castors psychopathes, des rats qui avaient trois semaines de retard sur leurs prêts de bibliothèque, le père Johnny aussi a disparu mais la corrélation n’a pas encore été faite…

ça commence à faire pour un petit périmètre de ferme, mais aucune preuve matérielle tangible ne relie ces drames champêtres à l’ingénieur de la ruse

la plupart diront : le défaut classique, il passait par là au bon moment, il faut bien trouver un support crédible à notre violence naturelle

et donc mon livre sort, avec des hommes et des femmes, il sort avec sa gueule de contribution à la chasse, un peu légère d’ailleurs, je n’entends pas les balles siffler hormis quelques boulettes de papier maché, ça en devient presque regrettable, presque un aveu d’échec

je me souviens d’une note de lecture de Grégoire Damon taclant une autre note de lecture : un certain  Bertrand Verdier avait produit une critique d’une virulence nucléaire à l’encontre du poète Jérome Bertin et de son recueil rebaptisé torchon, ci-joint une citation encore saignante :

« accumulation de stéréotypes, généralités érigées en truismes, références convenues certifiant l’authenticité de l’anticonformisme, persévérance néon à écrire mal et sale, et, surtout, éculades hypertrophiques quant à la fonction salvatrice et rédemptoriste de la littérature. »

Je sais, ça donne envie de mettre sous verre

Donc grâce à Verdier, expert en poésie territoriale et douanier dans la « vraie vie »,  Bertin s’était pris une sacrée bastos, canardé sur tout le corps du poème, tellement rien à sauver que ça en devenait louche, et ça l’était. L’acharnement critique cache la reconnaissance. L’échec clamé haut et fort est un podium.

Bertin à terre était vainqueur. A terre  il restait à en faire un Robocop de la littérature, ce que Damon fit, un peu de justice dans ce monde, un peu de galanterie aussi, la réalité n’est pas contre

On se demande ce qu’ a pensé l’interessé de cette critique léthale, si elle lui est parvenue, s’il a sabré le champagne en bonne compagnie, si l’émotion  a été semblable à cette ferveur lorsqu’on trouve son premier job,  on se demande ce qu’il fait en ce moment, s’il repasse ses chemises et s’il coupe sa viande avec la main droite

Je ne connais pas Jérome Bertin, son livre s’intitule Un homme pend , et je compte bien l’acheter même s’il coute 30 balles, c’est comme ça que ça se conclut

Quant à moi j’en profite pour faire un appel d’offres :

toute personne ayant des informations ou des relations privilégiées avec l’éminent critique Bertrand Verdier est prié me contacter au plus vite, j’ai un recueil à faire partir, un recueil à se faire descendre

toute personne n’ayant aucune information sur cet individu est quand même prié de vérifier ses compétences critiques et son niveau de virulence hivernale : récompense assurée en cas d’intervention rapide

tout poète devrait avoir le droit à sa mise à mort

car comme dit le renard chez mon père

la mort c’est la santé

vendredi 15 décembre 2017

Manuel d’intervention poétique #5 : 
La guerre des poètes et comment y mettre fin sans se ruiner


Dès qu’il veut parler poésie
c’est l’éruption pulmonaire
c’est la guerre au m²
le profil bas démissionne
les petits vaisseaux sanguins éclatent à 1m70 d’altitude
il faut subir
tout ce qui lui passe par la tête
avec un diplôme d’Attila
il faut hocher la tête
comme si le hochement de tête se rêvait matraque
il avait pourtant l’air calme ce type
on l’a peut être sorti un peu trop vite
de la salle d’attente de l’éternité
pas moyen de couper le son
infirmière une dose de compromis
si ça ne marche pas on l’enterre avec sa hache
c’est toujours comme ça en poésie
les types ils font mine de caresser le silence
et dès qu’on touche un cheveu de la perruque
c’est le recours au nucléaire
à la phrase qui gueule son désert
ça me fatigue
ça écrase des neurones
il est 9 heures du mat
un peu tôt pour bifurquer vers l’oreiller
au moins avec un livre en vis-à-vis
soit l’auteur est mort
soit il n’a plus le droit de rajouter une ligne
c’est parfait
je pense qu’à la base
j’aime beaucoup mes frères humains
surtout une femme
ça n’a rien à voir
et c’est parfait

mercredi 6 décembre 2017


Manuel d'intervention poétique #3 :
Pole Emploi des poètes

Comme si de rien n’était

Après une année sabbatique à sillonner
Le vaste continent de ma chaise
Je reviens parmi les miens
Squatteurs de l’instant
Ingénieurs de la fuite
Videurs du vide
Et tous mes potes de la langue dans le plâtre
C’est la fête sous le sourcil
C’est la parenthèse qui crame
J’en vois un là bas qui passe son CV au grille-pain
Histoire de faire monter la fièvre
Un autre en plein duel identitaire
Sur une musique d’Enio Moriccone
Il y a aussi des petits nouveaux qui tagguent sur les tables
Des propositions indécentes
Et juste à côté des invalides et des grands castrés
Des petits vieux qui fidélisent leurs lecteurs au bout du fusil
Ils draguent tous à mort
Et tous ont le virus du dimanche
La norme de la marge
La marge est un petit village de dingues
Où le soleil flippe de se promener tout seul
Me revoilà au bled
Frais comme un cul plongé dans la Manche
Motivé comme si j’étais payé
Je reviens dans mon cuir
Prêt à écrire sur au moins deux lignes
Que tout va bien
Que je vois beaucoup mieux les gens derrière leurs murs
Et certains murs honnêtes derrière les gens
Que la corne sur les doigts ne vient pas en tirant la corde
C’est une affaire de mots
Et on sait que les mots n’obéissent pas vraiment
Il faut de la poigne certes
Mais nous ne sommes rien sans nos lâchetés
Emploi et chômage à égalité
Eclair et paresse comme deux essuie-glaces sur nos vies
C’est sûrement ça le secret
Et on trinque à notre santé
Et on trinque à la réalité
Et pour une fois tout le monde ici est d’accord
Je crois que l’un des deux s’est fait virer

mercredi 29 novembre 2017


HOMO HIBERNATUS (pas trouvé mieux comme titre)

J'habite dans le frigo
C’est plus sympa que les plages de sable fin
Et puis je pourris moins vite que la moyenne
Des glaçons dans le cou pour rester frais
Colocation avec le beurre et le jambon
Je ne vois pas beaucoup de monde
Je n’entends plus le pathos de l’info
C’étaient mes conditions pour cette retraite arctique
Les heures passent
Ne reviennent pas
Et c’est comme si je me détachais de l’orbite terrestre
Comme si un mot valait un million
J’exagère mais c’est mon métier
Même si tout le monde a compris
J’insiste comme un huissier flairant une cachette
3 degrés à babord
Mes dents claquent en rythme
Je vois là bas à 10 centimètres
Le sens de toute chose qui arrive en béquilles
Mon sauveur ou ma victime
Je n’ai pas encore tranché fin
Il manque juste un peu de zik et de femmes
Comme souvent
En attendant que le SAMU daigne intervenir
Je gratte l’intérieur de la porte
Il y a une tâche ancienne de ketchup
Il y a peut-être moyen de refaire Lascaux à sa façon
Et peut-être même envisager
Une ouverture prochaine aux touristes
Moyennant quelques billets
On peut rêver avec des pieds froids
C’est encore possible
Ça y est ça va être encore une fin banale
Mais je vous assure on m’a donné cent euros
Pour que j’écrive cette phrase toute claquée

Tout est possible tant qu'on ne périme pas

Bordel vu mon état exceptionnel
Je pensais que j'aurais fait mieux quand même

mardi 14 novembre 2017


Manuel d’intervention poétique #2 : 



Ça sent l’archive et le carton : je n’écris plus de poésie, bon débarras. A force de harceler l’administration de mon ombre, à force de l’envoyer gratter la terre sans un bon jacuzzi à la fin de la journée, la voilà en Burn-out, en Black Out et pas loin du pâté en croute, de quoi déposer une plainte internationale pour abus de position dominante et extorsion de fonds…  

Je n’écris plus de poésie mais je parle d’elle, c’est un peu ridicule, une pathologie bizarre mais en vogue, quand on veut se débarrasser d’un truc aussi passionnant que débile, on le jette au loin en se déboitant l’épaule au passage, on croit qu’on est sauvé dans son âme de bébé phoque, mais dès le lendemain, faisant le plein de café on se met à monologuer avec ses collègues de bureau qui cette fois n’ont plus de doute sur l’état réel de notre santé mentale, on parle sans s’arrêter  de la petite gueule prétentieuse du poème, de son instinct de mafia, de son pouvoir de repasser les chemises sur le cul de l’actualité, on parle à tort, on parle poésie à sens unique, on se débobine, on lâche le morceau dans la fosse aux lions, on envisage la possibilité fumeuse d’une crise cardiaque dans les poumons, on maudit tous les poètes en oubliant que pour eux c’est tapis rouge, on se propose de disséquer la bête sur le bureau de la DRH mais l’option est rejetée faute de matériel adéquat, sans compter le niveau de formation du personnel, si on voulait des pros il faudrait les envoyer un ou deux mois en Sibérie poétique, ou affronter les grands prédateurs de l’ego sur un réseau social dédié.


Tout est une question de câblage et de commotion cérébrale en fait.


Hier j’ai eu de la chance j’ai pu parler à un autre poète sans qu’il essaie de me vendre son recueil, je lui ai dit qu’avec nos petites activités de French Kiss sur le papier  nous étions du jetable de luxe, qu’écrire ou parler c’était une façon élégante de trier ses déchets.


Il m’a dit, mon petit bonhomme dans ce cas, tu me prends pour une sorte de local encombrants ? Il a ajouté que dans la vie il faut assumer ce qu’on dit, et que je pouvais d’ors et déjà choisir mes témoins, demain à midi ce serait burger et pistolets.


Voilà, il me reste deux heures pour être un adulte responsable ou bien rejoindre Florent Pagny dans sa planque en Patagonie.


Il me reste deux heures pour parler de poésie et surtout ne pas en écrire, je ne céderai pas à la pression, je relirai Yves Bonnefoy en boucle s’il le faut et même si ça fait mal, question d’immunité et de courage.


Cher poète d’hier, si tu m’entends, si tu m’écoutes sans gueule de bois, je sais que tu aimes les rendez-vous manqués et je t’en propose un justement, ce midi c’est parfait, et puis l’avantage c’est qu’on n’abimera pas trop les mots.


Sans rancune, sans poésie, bonne journée à toi collègue, la mienne vient de louper son virage, je t’ai dit que j’avais un recueil à vendre ?


vendredi 10 novembre 2017


Ailleurs ça coûte cher


J’ai du faire une erreur

J’ai écrit des poèmes
Des tas de poèmes qui se lèvent tard
Et ne parlent à personne de la journée
On pense à des messages envoyés dans l’espace
Des textos mystérieux à des extraterrestres
Qui n’en demandaient pas tant
J’ai écrit aussi comme on creuse un trou
Depuis le 4ème étage d’un immeuble
Ça pose quelques problèmes d’architecture
Et de méthodologie
La réalité en général est arrangeante
La poésie encore plus
Sauf quand elle est soule
Et qu’elle cherche dans ses affaires
Une ou deux victimes multivitaminées
Son petit côté furet dans le poulailler
Ces derniers temps d’ailleurs
Je dois allonger un peu plus le bras
Pour qu’elle reste tranquille
Et qu’elle n’attaque pas les passants et les civils
Elle fait une fixette sur les mollets
Tibias et fémurs qui craquent
Sont ses deux fournisseurs d’orgasme
Je cumule les plaintes et les procès sous mon lit
Même les arbres m’en veulent de les gâcher
Je souhaite m’en sortir pourtant
Lundi je m’y mets ou peut-être vendredi
Même s’il faut pour ça enfiler un plâtre intégral
Ou déjeuner avec des types qui pensent à leur prime
Je vais m’y mettre
Et casser la baraque
Littéralement
Des sociétés de pilon m’ont proposé leurs services
Et quelques pyromanes
La secte poétique a ceci de particulier
Qu’il est difficile de quitter son propre cerveau
Aller voir ailleurs
Ça requiert de l’expérience
Il y a des pays où on écrit très peu
3 heures de vol et quelques libertés en moins
Il parait que là bas on vous récompense
En vous offrant gratos l’au-delà
On ne sait pas si c’est de l’humour noir
Ou une performance d’art contemporain
Au fond je vais rester là
Tranquille et intranquille comme Pessoa
Au fond je ne suis pas pressé
De ressembler à un carton paumé dans des archives
Ailleurs cette fois
Je vais essayer de pas l’oublier
Ça peut coûter cher
Ou juste le prix d’un café

vendredi 3 novembre 2017


Manuel d’Intervention poétique  #1



Ecrire un poème au cas où ça changerait quelque chose, un poème accroc au café et qui pose sur la nappe ses outils de plombier surqualifié, il parle sans bouger les lèvres, il parle de ce qui coute cher, de la pièce rare à changer chez un homme, des pièces de vie qu’il traverse comme des salles de musée rêvant d’alarmes incendie, les yeux dans les yeux pour nous convaincre que non ce n’est pas l’arnaque, c’est bien mieux que cela, bien plus puissant, il ne s’agit pas simplement de trainer derrière soi des procès pour  détournement de biens sociaux et usage de faux, de laisser en chantier des corps qui ne collent plus avec leurs noms, ce serait trop simple, trop lisse, un poème n’est pas aussi propre que les mains qui le laissent tomber, un poème sous l’évier de notre vie, ça finit par avoir une gueule de terroir, avec la couenne et la rouille, le bougonnement viscéral qui débouche la paysage, et ce n’est pas tout, si on a le temps d’être un autre, si le poème s’énerve un peu et troque sa plomberie contre de la médecine sauvage,  on a alors affaire à une sorte de Dr Banner sur le point de craquer son bleu de travail, la facture finale s’allongeant d’un coup au vu des dégâts potentiels sur l’environnement, car il faut bien se le dire et sans lubrifiant, si on écrit un poème et que ça ne change rien, pas même la température du café, autant aller voir ailleurs, autant aller ramasser des châtaignes dans un entretien d’embauche

mardi 31 octobre 2017


Il s'est mis à tirer sur la peau du visage


Jusqu’à ce qu’elle devienne

Une rue traversée d’hommes et de femmes en retard
Des dizaines d’inconnus au bataillon
Qui ont chaud
Qui ont froid
Qui se marrent
Qui marchandent
Qui travaillent le fer des apparences
Tirer, tirer sur la peau
Qui finit en bataille de gangs à la fin de la journée
Il faut bien se défouler un peu
Il faut bien montrer de quoi on est capable
Avec toutes nos personnalités en stock
Nos grands fonds identitaires
Qu’aucune écriture ne parvient à recenser
Celui qui séduit à mort
Celui qui étend sa grotte
Celui qui lèche la main de ses ennemis
Celui qui met du beurre dessus avant de la broyer
Celui qui voit loin jusqu’à la retraite
Celui qui met les lunettes d’Invasion Los Angeles
Celui qui se lève tôt
Celui qui contrôle le mec qui se lève tôt
Celui qui dépasse les bornes pour mesurer son périmètre
Celui qui s’expose aux conséquences du désir
Celui que j’étais mais dont j’ai perdu la clé
Celui qui court en jogging
Celui qui court pour sauver sa vie
Celui qui tombe dans le panneau
Et se relève avec une gueule de panneau
Et tous ceux que je n’ai pas cité
Et qui attendent une greffe de visage
Tirons plus fort sur la peau
On en a une il faut s’en servir
Au lieu de se prendre pour un nain de jardin
En résidence surveillée
La peau ça sert à draguer le monde
La peau c’est une manière d’avoir chaud
Quand on la balance sur les autres
Comme une couverture de survie
Il tire sur la peau et parfois
Il tire avec les doigts d’une autre
Cette autre au bord du nom et qui lui dit
Comme un dictionnaire érotique

Tout visage est un déménagement en cours


Les Yeux sans visage, Georges Franju

mardi 24 octobre 2017


Je peux m’estimer heureux de tirer la caravane
Et mes chiens quotidiens
Heureux de prendre la route pour en sortir
Heureux de verser mon huile et de m’étendre
Un nom est une marque
Une marque est un prix à payer
On se détend
Ce n’est pas un cours ni une réunion
Ceux qui veulent du soleil
Disposent d’une télécommande
Moi j’ai roulé dessus un jour où j’étais en service
Ça a fait un bruit de farce et attrapes
Et à l’autre bout du monde un papillon a grillé
Sans comprendre d’où il venait
C’est ce qu’on appelle les effets spéciaux
Quand on n’a pas trop d’argent
Mais rien ne se perd surtout pas le fil
Je l’ai ramassé sans me coincer le dos
On pourrait en faire une œuvre d’art
Ou une corde de guitare
Je ne suis pas regardant sur la suite à donner
Si ça peut me payer à la fin
Une maison inondable avec des enfants rois dedans
Ou bien un studio de la Méduse
Une réplique flottante à l’échelle 1/1
Avec ma gueule piratée en personnage principal
Et des gens à mes pieds
Qui se demandent quelle pointure je fais
Rire est une manière simple de se venger
C’est ce que je disais dans une lettre adressée à demain
Mais il n’a toujours pas compris
Son QI ressemble à une affiche électorale
Après 40 jours de pluie et de soleil concurrents
Comme quoi il faut toujours privilégier
La technique de la pause en milieu hostile
C’est ce que je fais
Tellement bien
Tellement de fois
Que des fois je me demande quel est mon travail
Et si la route derrière moi n’est pas un de ces faux décors
Qui défilent comme dans certains films d’Hitchcock
La réponse fait le tour de la Terre
En attendant j’écris des excuses
Du café jusqu’à la taille

mercredi 18 octobre 2017


Va savoir ce que ça change d'écrire ou de se taire




Simplifier au maximum ses pensées, atteindre le niveau zéro, le dock de départ où tout se décharge, une forme d’élagage un peu tardif histoire de voir le squelette qui se marre. Surtout ne pas écrire, ne pas rejoindre le contemporain et ses haut-parleurs, mais ce n’est pas aussi simple qu’on le croit : quand on vit dans un pays où on peut presque tout dire sans risquer la prison, on se sent obligé de s’exprimer sans début et sans fin avec la meute, obligé d’hurler sa version pas très originale, obligé de balancer ses mots comme des chiens de chasse dans toutes les rues de la réalité, obligé d’avoir raison sur tout, d’avoir raison d’avoir tort, obligé de croire que chaque phrase dont notre bouche se déleste nous appartient, oui c’est moi, c’est moi qui dis ça, qui le pense, je suis le premier, je suis le dernier, je suis le seul, l’unique, un collector vivant qui édite soi-même son petit pouvoir parmi des millions. Et quand j’écris je fais un seflie, et quand je parle c’est la même chose mais avec flash. Notre langage nous tient chaud, notre langue est si longue qu’on peut s’en draper le corps entier, et dans cette course interminable à l’expression, dans cette compétition où les médias tiennent les rennes de Babel, où les joueurs de flûte professionnels sont légion, on oublie que gueuler sa présence ne la renforce pas, on oublie qu’à force de vouloir être au monde à tout prix, à force de se servir des plats tout préparés, on n’a pas vraiment commencé à penser par soi-même, j’écris, je gueule, je capte l’air, je recrache le temps, je suis un fait divers qui roule des mécaniques, je suis une mécanique déjà obsolète mais qui le cache, je ne garantis pas mes écrits plus de deux ans, c’est l’époque qui veut ça, va savoir ce que ça change d’écrire ou de se taire. Et parfois je connais la réponse

lundi 16 octobre 2017


C’est comme s’il n’avait rien écrit
Comme s’il était toujours vierge
Ses mains devenues infréquentables
Son cerveau assis sur un banc
Il a du se tromper de jour
Enfiler son visage à l’envers
S’il pouvait faire l’impasse
Sans perdre trop d’argent
S’il pouvait marcher jusqu’à l’oubli
Et lui faire la peau au passage
Il reçoit un message dans la poche
Est-ce que tu vas bien
Est-ce que tu reviens te soumettre
A nos structures hiérarchiques
Bine sûr c’est promis
Quand j’aurai fini de boire ma citerne de café
Quand j’aurai l’inconscience tranquille
Allez un peu de vitesse entre les lignes
Enfiler ses baskets noires
Semelle spéciale qui absorbe les chocs
Au cas où il faudrait fuir
Fuir un peu mieux que les autres
Se sentir prêt dans un monde hypothétique
Et l’aimer plus qu’il ne vous aime
C’est parti
Il se met dehors
Il croise dans les parties communes
Une voisine que son mec vient de mettre à la porte
Elle a reçu des coups elle en a donné
Un peu plus à la porte qu’à son mec
Elle veut rentrer et continuer comme ça
Les flics sont venus plusieurs fois et les pompiers
Mais tant que personne ne gît dans une marre de sang
Le scénario peut se répéter
Tant que ni l’un ni l’autre ne porte plainte
Leur amour peut se défoncer légalement
Il pourrait encore jouer le médiateur social
Le psy entre deux étages
L’émissaire de la raison et du bon sens
Mais certains évoluent dans des réalités intouchables
Et cette jeune femme qu’il croise sans s’arrêter
A fait de sa souffrance une propriété privée
Passe ton chemin comme ils disent
Quel chemin ne saigne pas du nez
Extérieur jour
Jour à poil
Il ne sait pas où il va
Ça lui fait grave plaisir
Il n’a envie de frapper personne ni d’écrire
Juste marcher
Marcher avec pour seul objectif
Le millimètre d’usure sous ses semelles