mercredi 6 décembre 2017


Manuel d'intervention poétique #3 :
Pole Emploi des poètes

Comme si de rien n’était

Après une année sabbatique à sillonner
Le vaste continent de ma chaise
Je reviens parmi les miens
Squatteurs de l’instant
Ingénieurs de la fuite
Videurs du vide
Et tous mes potes de la langue dans le plâtre
C’est la fête sous le sourcil
C’est la parenthèse qui crame
J’en vois un là bas qui passe son CV au grille-pain
Histoire de faire monter la fièvre
Un autre en plein duel identitaire
Sur une musique d’Enio Moriccone
Il y a aussi des petits nouveaux qui tagguent sur les tables
Des propositions indécentes
Et juste à côté des invalides et des grands castrés
Des petits vieux qui fidélisent leurs lecteurs au bout du fusil
Ils draguent tous à mort
Et tous ont le virus du dimanche
La norme de la marge
La marge est un petit village de dingues
Où le soleil flippe de se promener tout seul
Me revoilà au bled
Frais comme un cul plongé dans la Manche
Motivé comme si j’étais payé
Je reviens dans mon cuir
Prêt à écrire sur au moins deux lignes
Que tout va bien
Que je vois beaucoup mieux les gens derrière leurs murs
Et certains murs honnêtes derrière les gens
Que la corne sur les doigts ne vient pas en tirant la corde
C’est une affaire de mots
Et on sait que les mots n’obéissent pas vraiment
Il faut de la poigne certes
Mais nous ne sommes rien sans nos lâchetés
Emploi et chômage à égalité
Eclair et paresse comme deux essuie-glaces sur nos vies
C’est sûrement ça le secret
Et on trinque à notre santé
Et on trinque à la réalité
Et pour une fois tout le monde ici est d’accord
Je crois que l’un des deux s’est fait virer

mercredi 29 novembre 2017


HOMO HIBERNATUS (pas trouvé mieux comme titre)


J’habite dans le frigo
C’est plus sympa que les plages de sable fin
Et puis je pourris moins vite que la moyenne
Des glaçons dans le cou pour rester frais
Colocation avec le beurre et le jambon
Je ne vois pas beaucoup de monde
Je n’entends plus le pathos de l’info
C’étaient mes conditions pour cette retraite arctique
Les heures passent
Ne reviennent pas
Et c’est comme si je me détachais de l’orbite terrestre
Comme si un mot valait un million
J’exagère mais c’est mon métier
Même si tout le monde a compris
J’insiste comme un huissier flairant une cachette
3 degrés à babord
Mes dents claquent en rythme
Je vois là bas à 10 centimètres
Le sens de toute chose qui arrive en béquilles
Mon sauveur ou ma victime
Je n’ai pas encore tranché fin
Il manque juste un peu de zik et de femmes
Comme souvent
En attendant que le SAMU daigne intervenir
Je gratte l’intérieur de la porte
Il y a une tâche ancienne de ketchup
Il y a peut-être moyen de refaire Lascaux à sa façon
Et peut-être même envisager
Une ouverture prochaine aux touristes
Moyennant quelques billets
On peut rêver avec des pieds froids
C’est encore possible
Ça y est ça va être encore une fin banale
Mais je vous assure on m’a donné cent euros
Pour que j’écrive cette phrase toute claquée

Tout est possible tant qu’on ne périme pas


Bordel, vu mon état exceptionnel

Je pensais que j’aurais fait mieux quand même

mardi 14 novembre 2017


Manuel d’intervention poétique #2 : 



Ça sent l’archive et le carton : je n’écris plus de poésie, bon débarras. A force de harceler l’administration de mon ombre, à force de l’envoyer gratter la terre sans un bon jacuzzi à la fin de la journée, la voilà en Burn-out, en Black Out et pas loin du pâté en croute, de quoi déposer une plainte internationale pour abus de position dominante et extorsion de fonds…  

Je n’écris plus de poésie mais je parle d’elle, c’est un peu ridicule, une pathologie bizarre mais en vogue, quand on veut se débarrasser d’un truc aussi passionnant que débile, on le jette au loin en se déboitant l’épaule au passage, on croit qu’on est sauvé dans son âme de bébé phoque, mais dès le lendemain, faisant le plein de café on se met à monologuer avec ses collègues de bureau qui cette fois n’ont plus de doute sur l’état réel de notre santé mentale, on parle sans s’arrêter  de la petite gueule prétentieuse du poème, de son instinct de mafia, de son pouvoir de repasser les chemises sur le cul de l’actualité, on parle à tort, on parle poésie à sens unique, on se débobine, on lâche le morceau dans la fosse aux lions, on envisage la possibilité fumeuse d’une crise cardiaque dans les poumons, on maudit tous les poètes en oubliant que pour eux c’est tapis rouge, on se propose de disséquer la bête sur le bureau de la DRH mais l’option est rejetée faute de matériel adéquat, sans compter le niveau de formation du personnel, si on voulait des pros il faudrait les envoyer un ou deux mois en Sibérie poétique, ou affronter les grands prédateurs de l’ego sur un réseau social dédié.


Tout est une question de câblage et de commotion cérébrale en fait.


Hier j’ai eu de la chance j’ai pu parler à un autre poète sans qu’il essaie de me vendre son recueil, je lui ai dit qu’avec nos petites activités de French Kiss sur le papier  nous étions du jetable de luxe, qu’écrire ou parler c’était une façon élégante de trier ses déchets.


Il m’a dit, mon petit bonhomme dans ce cas, tu me prends pour une sorte de local encombrants ? Il a ajouté que dans la vie il faut assumer ce qu’on dit, et que je pouvais d’ors et déjà choisir mes témoins, demain à midi ce serait burger et pistolets.


Voilà, il me reste deux heures pour être un adulte responsable ou bien rejoindre Florent Pagny dans sa planque en Patagonie.


Il me reste deux heures pour parler de poésie et surtout ne pas en écrire, je ne céderai pas à la pression, je relirai Yves Bonnefoy en boucle s’il le faut et même si ça fait mal, question d’immunité et de courage.


Cher poète d’hier, si tu m’entends, si tu m’écoutes sans gueule de bois, je sais que tu aimes les rendez-vous manqués et je t’en propose un justement, ce midi c’est parfait, et puis l’avantage c’est qu’on n’abimera pas trop les mots.


Sans rancune, sans poésie, bonne journée à toi collègue, la mienne vient de louper son virage, je t’ai dit que j’avais un recueil à vendre ?


vendredi 10 novembre 2017


Ailleurs ça coûte cher


J’ai du faire une erreur

J’ai écrit des poèmes
Des tas de poèmes qui se lèvent tard
Et ne parlent à personne de la journée
On pense à des messages envoyés dans l’espace
Des textos mystérieux à des extraterrestres
Qui n’en demandaient pas tant
J’ai écrit aussi comme on creuse un trou
Depuis le 4ème étage d’un immeuble
Ça pose quelques problèmes d’architecture
Et de méthodologie
La réalité en général est arrangeante
La poésie encore plus
Sauf quand elle est soule
Et qu’elle cherche dans ses affaires
Une ou deux victimes multivitaminées
Son petit côté furet dans le poulailler
Ces derniers temps d’ailleurs
Je dois allonger un peu plus le bras
Pour qu’elle reste tranquille
Et qu’elle n’attaque pas les passants et les civils
Elle fait une fixette sur les mollets
Tibias et fémurs qui craquent
Sont ses deux fournisseurs d’orgasme
Je cumule les plaintes et les procès sous mon lit
Même les arbres m’en veulent de les gâcher
Je souhaite m’en sortir pourtant
Lundi je m’y mets ou peut-être vendredi
Même s’il faut pour ça enfiler un plâtre intégral
Ou déjeuner avec des types qui pensent à leur prime
Je vais m’y mettre
Et casser la baraque
Littéralement
Des sociétés de pilon m’ont proposé leurs services
Et quelques pyromanes
La secte poétique a ceci de particulier
Qu’il est difficile de quitter son propre cerveau
Aller voir ailleurs
Ça requiert de l’expérience
Il y a des pays où on écrit très peu
3 heures de vol et quelques libertés en moins
Il parait que là bas on vous récompense
En vous offrant gratos l’au-delà
On ne sait pas si c’est de l’humour noir
Ou une performance d’art contemporain
Au fond je vais rester là
Tranquille et intranquille comme Pessoa
Au fond je ne suis pas pressé
De ressembler à un carton paumé dans des archives
Ailleurs cette fois
Je vais essayer de pas l’oublier
Ça peut coûter cher
Ou juste le prix d’un café

vendredi 3 novembre 2017


Manuel d’Intervention poétique  #1



Ecrire un poème au cas où ça changerait quelque chose, un poème accroc au café et qui pose sur la nappe ses outils de plombier surqualifié, il parle sans bouger les lèvres, il parle de ce qui coute cher, de la pièce rare à changer chez un homme, des pièces de vie qu’il traverse comme des salles de musée rêvant d’alarmes incendie, les yeux dans les yeux pour nous convaincre que non ce n’est pas l’arnaque, c’est bien mieux que cela, bien plus puissant, il ne s’agit pas simplement de trainer derrière soi des procès pour  détournement de biens sociaux et usage de faux, de laisser en chantier des corps qui ne collent plus avec leurs noms, ce serait trop simple, trop lisse, un poème n’est pas aussi propre que les mains qui le laissent tomber, un poème sous l’évier de notre vie, ça finit par avoir une gueule de terroir, avec la couenne et la rouille, le bougonnement viscéral qui débouche la paysage, et ce n’est pas tout, si on a le temps d’être un autre, si le poème s’énerve un peu et troque sa plomberie contre de la médecine sauvage,  on a alors affaire à une sorte de Dr Banner sur le point de craquer son bleu de travail, la facture finale s’allongeant d’un coup au vu des dégâts potentiels sur l’environnement, car il faut bien se le dire et sans lubrifiant, si on écrit un poème et que ça ne change rien, pas même la température du café, autant aller voir ailleurs, autant aller ramasser des châtaignes dans un entretien d’embauche

mardi 31 octobre 2017


Il s'est mis à tirer sur la peau du visage


Jusqu’à ce qu’elle devienne

Une rue traversée d’hommes et de femmes en retard
Des dizaines d’inconnus au bataillon
Qui ont chaud
Qui ont froid
Qui se marrent
Qui marchandent
Qui travaillent le fer des apparences
Tirer, tirer sur la peau
Qui finit en bataille de gangs à la fin de la journée
Il faut bien se défouler un peu
Il faut bien montrer de quoi on est capable
Avec toutes nos personnalités en stock
Nos grands fonds identitaires
Qu’aucune écriture ne parvient à recenser
Celui qui séduit à mort
Celui qui étend sa grotte
Celui qui lèche la main de ses ennemis
Celui qui met du beurre dessus avant de la broyer
Celui qui voit loin jusqu’à la retraite
Celui qui met les lunettes d’Invasion Los Angeles
Celui qui se lève tôt
Celui qui contrôle le mec qui se lève tôt
Celui qui dépasse les bornes pour mesurer son périmètre
Celui qui s’expose aux conséquences du désir
Celui que j’étais mais dont j’ai perdu la clé
Celui qui court en jogging
Celui qui court pour sauver sa vie
Celui qui tombe dans le panneau
Et se relève avec une gueule de panneau
Et tous ceux que je n’ai pas cité
Et qui attendent une greffe de visage
Tirons plus fort sur la peau
On en a une il faut s’en servir
Au lieu de se prendre pour un nain de jardin
En résidence surveillée
La peau ça sert à draguer le monde
La peau c’est une manière d’avoir chaud
Quand on la balance sur les autres
Comme une couverture de survie
Il tire sur la peau et parfois
Il tire avec les doigts d’une autre
Cette autre au bord du nom et qui lui dit
Comme un dictionnaire érotique

Tout visage est un déménagement en cours


Les Yeux sans visage, Georges Franju

mardi 24 octobre 2017


Je peux m’estimer heureux de tirer la caravane
Et mes chiens quotidiens
Heureux de prendre la route pour en sortir
Heureux de verser mon huile et de m’étendre
Un nom est une marque
Une marque est un prix à payer
On se détend
Ce n’est pas un cours ni une réunion
Ceux qui veulent du soleil
Disposent d’une télécommande
Moi j’ai roulé dessus un jour où j’étais en service
Ça a fait un bruit de farce et attrapes
Et à l’autre bout du monde un papillon a grillé
Sans comprendre d’où il venait
C’est ce qu’on appelle les effets spéciaux
Quand on n’a pas trop d’argent
Mais rien ne se perd surtout pas le fil
Je l’ai ramassé sans me coincer le dos
On pourrait en faire une œuvre d’art
Ou une corde de guitare
Je ne suis pas regardant sur la suite à donner
Si ça peut me payer à la fin
Une maison inondable avec des enfants rois dedans
Ou bien un studio de la Méduse
Une réplique flottante à l’échelle 1/1
Avec ma gueule piratée en personnage principal
Et des gens à mes pieds
Qui se demandent quelle pointure je fais
Rire est une manière simple de se venger
C’est ce que je disais dans une lettre adressée à demain
Mais il n’a toujours pas compris
Son QI ressemble à une affiche électorale
Après 40 jours de pluie et de soleil concurrents
Comme quoi il faut toujours privilégier
La technique de la pause en milieu hostile
C’est ce que je fais
Tellement bien
Tellement de fois
Que des fois je me demande quel est mon travail
Et si la route derrière moi n’est pas un de ces faux décors
Qui défilent comme dans certains films d’Hitchcock
La réponse fait le tour de la Terre
En attendant j’écris des excuses
Du café jusqu’à la taille

mercredi 18 octobre 2017


Va savoir ce que ça change d'écrire ou de se taire



Simplifier au maximum ses pensées, atteindre le niveau zéro, le dock de départ où tout se décharge, une forme d’élagage un peu tardif histoire de voir le squelette qui se marre. Surtout ne pas écrire, ne pas rejoindre le contemporain et ses haut-parleurs, mais ce n’est pas aussi simple qu’on le croit : quand on vit dans un pays où on peut presque tout dire sans risquer la prison, on se sent obligé de s’exprimer sans début et sans fin avec la meute, obligé d’hurler sa version pas très originale, obligé de balancer ses mots comme des chiens de chasse dans toutes les rues de la réalité, obligé d’avoir raison sur tout, d’avoir raison d’avoir tort, obligé de croire que chaque phrase dont notre bouche se déleste nous appartient, oui c’est moi, c’est moi qui dis ça, qui le pense, je suis le premier, je suis le dernier, je suis le seul, l’unique, un collector vivant qui édite soi-même son petit pouvoir parmi des millions. Et quand j’écris je fais un seflie, et quand je parle c’est la même chose mais avec flash. Notre langage nous tient chaud, notre langue est si longue qu’on peut s’en draper le corps entier, et dans cette course interminable à l’expression, dans cette compétition où les médias tiennent les rennes de Babel, où les joueurs de flûte professionnels sont légion, on oublie que gueuler sa présence ne la renforce pas, on oublie qu’à force de vouloir être au monde à tout prix, à force de se servir des plats tout préparés, on n’a pas vraiment commencé à penser par soi-même, j’écris, je gueule, je capte l’air, je recrache le temps, je suis un fait divers qui roule des mécaniques, je suis une mécanique déjà obsolète mais qui le cache, je ne garantis pas mes écrits plus de deux ans, c’est l’époque qui veut ça, va savoir ce que ça change d’écrire ou de se taire. Et parfois je connais la réponse

lundi 16 octobre 2017


C’est comme s’il n’avait rien écrit
Comme s’il était toujours vierge
Ses mains devenues infréquentables
Son cerveau assis sur un banc
Il a du se tromper de jour
Enfiler son visage à l’envers
S’il pouvait faire l’impasse
Sans perdre trop d’argent
S’il pouvait marcher jusqu’à l’oubli
Et lui faire la peau au passage
Il reçoit un message dans la poche
Est-ce que tu vas bien
Est-ce que tu reviens te soumettre
A nos structures hiérarchiques
Bine sûr c’est promis
Quand j’aurai fini de boire ma citerne de café
Quand j’aurai l’inconscience tranquille
Allez un peu de vitesse entre les lignes
Enfiler ses baskets noires
Semelle spéciale qui absorbe les chocs
Au cas où il faudrait fuir
Fuir un peu mieux que les autres
Se sentir prêt dans un monde hypothétique
Et l’aimer plus qu’il ne vous aime
C’est parti
Il se met dehors
Il croise dans les parties communes
Une voisine que son mec vient de mettre à la porte
Elle a reçu des coups elle en a donné
Un peu plus à la porte qu’à son mec
Elle veut rentrer et continuer comme ça
Les flics sont venus plusieurs fois et les pompiers
Mais tant que personne ne gît dans une marre de sang
Le scénario peut se répéter
Tant que ni l’un ni l’autre ne porte plainte
Leur amour peut se défoncer légalement
Il pourrait encore jouer le médiateur social
Le psy entre deux étages
L’émissaire de la raison et du bon sens
Mais certains évoluent dans des réalités intouchables
Et cette jeune femme qu’il croise sans s’arrêter
A fait de sa souffrance une propriété privée
Passe ton chemin comme ils disent
Quel chemin ne saigne pas du nez
Extérieur jour
Jour à poil
Il ne sait pas où il va
Ça lui fait grave plaisir
Il n’a envie de frapper personne ni d’écrire
Juste marcher
Marcher avec pour seul objectif
Le millimètre d’usure sous ses semelles

vendredi 13 octobre 2017


Dans le monde du travail depuis l’année 2009
Sa chance s’est montrée plutôt discrète
Où qu’il se pose
Où que ses fesses adhèrent
Malgré les rivets et la volonté de puissance
Malgré la glue et les doigts dans la porte
C’est toujours la place du mort qu’on lui laisse
Le siège éjectable à moyen terme
La chaise musicale dans la gueule
L’entretien préalable avant de se retrouver seul et pas payé
C’est comme ça un peu répétitif compulsif
Tapis rouge pour la sortie
Toujours bonjour au revoir sans parachute
Et son téléphone s’efface d’une dizaine de portables
A croire qu’il n’est pas fait pour travailler
A croire qu’il serait mieux chez lui à se fabriquer
Une place en bois de titane
Oui c’est possible lui ont dit les poètes
C’est possible tant que tu ne pisses pas trop loin
Il faudra aussi parfois que tu écrives
Ont ajouté les poètes très pragmatiques
Une place ne vient pas comme ça
Parce que tu l’aurais commandé sur Internet
Il faudra manger ta semelle comme Charlie
Et renoncer aux filles dans les jacuzzis
Il faudra aussi plonger dans les entrailles
Seul ou hanté
Les poètes expérimentés ont continué comme ça
A lui parler de la vie souterraine
Des détails du contrat
Ils continuaient à parler encore
Ça faisait déjà une demi-heure qu’il était parti
Il était parti retourner bosser
Certains témoins affirment même
Qu’il était parti en courant
Comme Michael Johnson en 1996



jeudi 12 octobre 2017


Balancé sous un ciel bleu
Dans la ville qui ne rend pas les armes
Il se demande pourquoi dès le matin
Certaines personnes pourtant pas détestables
Transforment leur bouche en siphon
Pourquoi aussi son pied s’enfonce dans le bitume
Et ses mots dans des parcmètres
Pourquoi il faut donner une suite
Pleine de salive à des scénarios bidons
Et deux heures assises lui semblent des années
Einstein rigole
Einstein se la coule douce dans un bistrot
Il y a des bons moments si on va les chercher
Si on paie leur caution sans discuter
Par exemple faire une pause avec des collègues
Qui ne comptent plus les fractures d’identité
Protocole de détente
Le rire expresso lui va bien
10 minutes qui font sa journée
Dans ce quartier qui se fait pas mal de fric
Il résiste en amateur
Les doigts sur des gobelets en plastique
Et autour des lèvres
Revoir des muscles oubliés
Si seulement il y avait des micros pour se souvenir
Tout ce qu’il raconte finirait aux archives
Comme la preuve irréfutable
Qu’on peut être en cavale sans bouge

mardi 3 octobre 2017


Toute existence se consolide par la poussée
Et mes chaussures de ville rêvent de campagne
Je me valide chaque jour
Et je caresse des machines qui jouissent trop vite
Toute existence est une histoire d’amour
Entre un point A et un point B
Compression dans les côtes
Malgré mes esquives
La foule hémorragique me rattrape
J’adore votre coude madame
Et mon pied sur le votre est un salut d’éléphant
C’est fou le nombre de convergences à 08h06
Sur le quai du métro à Gare de l’Est
Aucun livre ne m’extrait
Aucune phrase plus forte qu’une autre
On dirait qu’on va rester là oubliés
Sur le tarmac de nos téléphones
On dirait des momies fraîches en rangs serrés
Les yeux dans l’autre monde
Le talc de l’info sur les fesses
Et je me dis qu’abandonner ici un ou deux médias
Ne me ferait pas de mal
Qu’il faut se soustraire tant qu’on peut
Et rattraper son corps
Même s’il ne tombe pas
8h10 dans les jambes
Le frémissement collectif
Comme une aurore souterraine
Le métro vient chercher nos histoires
Et personne ne brandit de coupe-file
Toute existence se consolide par la poussée

jeudi 28 septembre 2017

Les éditions du Burn-out présentent 

Ça va faire un an
Que tu n’as pas mis les pieds là-bas
Là-bas c’est quoi ?
C’est où déjà ?
Une impasse qui se prend au sérieux
Un sérieux lynché par le souvenir
Un souvenir sous un talon
Un talon qui s’use moins vite que l’homme
Un homme qui s’emmure
Un mur recouvert de tags
Un tag dans le cerveau
Un cerveau au garage
Là bas ça existe encore ?
Ça produit encore des Burn-out en série ?
Avec sa gueule de Pandore
Avec ses couloirs un peu morts
Là-bas où soufflent la clim
Et les vents contraires des objectifs
Ça va faire un an
Que tu as disparu dans tes propres Bermudes
Au moins l’avion ne t’a pas coûté trop cher
Au moins les chiens à tes trousses
Ont renoncé à ton tibia
Un an ça se fête
Tu inviteras ton psy et la pharmacienne
Et quelques écrivains qui n’ont rien d’autre à faire
Je crois qu’on peut parler sans garde du corps
Je n’ai repéré aucun mouchard ici
Tu es au bord de l’exploit mec
Un an et aucun magicien ne te ramène là-bas
Aucune DRH ne pose ses lèvres froides
Sur un courrier à ton nom
A croire que la notice de ton existence
S’est perdue au fond d’un tiroir
A croire qu’il fait beau dehors
Et sous les aisselles
Ça va faire un an
Un an de visages rafistolés
Un an que la forêt est ton principal voisin
Aucun arbre n’est tombé
Aucune menace à part les tiques
Tu te ramollis un peu c’est vrai
Tu cherches la fonction Bass Boost
Un an c’est quoi ?
Une pincée d’éternité
Et là-bas ils te gardent une place par politesse
Là-bas eux aussi savent placer des explosifs
Ils appellent ça
Mesure extrême de sécurité
Ils appellent ça
Fumer un homme

dimanche 24 septembre 2017

( Ordonnances du dimanche avec barbe de trois jours ) 

Un détail gagne la partie

Ecrire ses 40 noms par ordre de pertinence

Nous serons tous des locataires et des intérimaires

Les mâchoires se souviennent du rire

Une presse hydraulique sur un réveil

Dark Vador victime d’un Burn-out

Voici une œuvre sans chef

On ne dit plus bonjour mais ta gueule

Un poète embauché par la CIA sauve le monde sur 1 m²

On ignore si le poète a survécu

Des fois on oublie les clés dans nos mains

L’homme des villes est un rat de laboratoire

Un président déjeune en compagnie d’un fainéant

Et lui demande un autographe

On a enfin trouvé de la vie sur Terre

On cherche encore l’intelligence

Un homme branche une guitare sur la Joconde

Les prix des sourires vont monter

Inutile de vous dire qui je fus

Michaux a déjà répondu

Il fait beau comme une insulte

Progrès à mourir de rire

Le démembrement en entreprise

Améliore de jour en jour ses effets spéciaux

Conséquence flash

Un type à rêvé que Scarlett Johanson était son chef

Moralité

Tout rêve est une insolence hiérarchique

D’autres moutons à fouetter

Un cours de littérature tue un poète sur le coup

Ses organes portent plainte

Ne vendez pas votre âme on l’a déjà

Quelqu’un a des nouvelles de la vérité ?

L’oreille de Van Gogh retrouvée chez un chômeur

Des négociateurs sont sur place

Et n’excluent pas un recours au CDI

Non je n’avalerai pas par solidarité

On agrandit la fabrique des aphones

On agrandit l’image

Le soleil est le meilleur hôpital

Tout poète est une langue morte en plein déni

Et un détail peut gagner la partie



jeudi 21 septembre 2017

Manifestement

On leur dira bonjour
Depuis le sommet d’un doigt d’honneur
On leur dira que ce n’est pas grave
Que la mort sera une meilleure démocratie
On leur dira qu’on les aime
Vu la haine en murs porteurs
On leur dira qu’ils ont raison
De coter la folie en bourse
On cherchera leurs secrets
Dans des textes secrets
On leur dira qu’ils sont beaux
Comme des dieux dégonflés
On leur dira leur avenir
Dans un coup de boule de cristal
On leur dira la vérité
Entre deux gardes du corps
On leur dira ce qu’ils savent déjà
Le matin en se levant
Tout ce qu’ils mettent de côté
Sous un tapis
Sous la langue
On leur dira que nous sommes là
Indélébiles
On leur dira que leur société est une drogue
Qui ne fait plus beaucoup d’effet
On leur dira et ils n’écouteront rien
On finira chez soi et dans les archives de l’INA
On dira au mur qui n’a pas bougé
Un jour le sol te laissera tomber