C’était ma faute
Je ne m’étais pas écarté à temps dans le métro
Le type s’était planté devant moi
L’air tout heureux
Comme s’il m’avait enfin trouvé
Après une longue quête
Son visage braqué à 10 cm
Je voyais bien que ma folie de pacotille
Ne ferait pas le poids face à la sienne
J’étais bon pour l’affichage public
C’EST QUOI UNE BONNE JOURNEE ???
TU LE SAIS TOI ???
L’homme avait un mégaphone dans la gorge
Toute la rame à présent bien réveillée
Attendait un bikini de réponse
Ma foi c’était une bonne question
Un bon sujet de philo entre deux stations
Ce n’était pas sûr que je puisse
M’en sortir avec une banalité sur ce coup
EST-CE QUE TU SAIS POURQUOI IL FAUT
TOUT UN TAS DE MAUVAISES JOURNEES
POUR SAVOIR
COMMENT EN PASSER UNE BONNE ???
Là ça se corsait sévère
De quoi finir en copie double
Les yeux du type me fouillaient avec la puissance
D’une autopsie en milieu bactérien
Je n’étais pas loin de lui demander un joker
Ou un délai de 24 heures
Mais quand les portes se sont ouvertes à St-Michel
Il est descendu et a disparu dans la foule
Décevant d’un coup tout son public 
Fumiste de sphinx qui n’attend pas
La réponse à son énigme
Et moi je ne me sentais plus l’obligation
D’ouvrir la bouche
Malgré tous les regards sur la tempe
Fumiste de passager
Pas foutu de s’éclaircir la gorge et le cerveau
Je n’avais pas la réponse
J’aimerais bien vous y voir
A plancher dans des souterrains
C’est quoi une bonne journée ?
Tu le sais toi 

Rien à faire de fracassant
A 8 heures du matin
Aucune identité désirable à ma porte
Je laisse mon nom au placard
Avec les monstres administratifs
J’attends des nouvelles
De n’importe quoi
De n’importe qui
Les voisins sont partis en vacances
Pour que je m’occupe du silence
C’est facile à entretenir
Facile à nourrir
Quand tout le monde déserte
Vers l’eldorado du bronzage
Il y a des choses que je fais bien
Et des choses que je fais mal
Des fois on ne voit pas la différence
Le passé sèche dans un coin
Et les chats font de la philo non verbale
Je me demande où tu es passée
Le lit cette nuit était bien trop grand
Toute une partie en jachère
Où mes mains en éclaireurs ne touchaient
Que les vestiges des cellules mortes
Ce n’est pas ma scène préférée
Chômage domestique en hausse
Et manifestations violentes devant le frigo
Quelle politique de secours
Pour sauver la faune d’un T3 ?
Je me vois bien assis
C’est déjà ça
Le futur dans une cuillère à café
Les choses simples nous sauvent un peu
Dehors il pleut des cordes de guitare
Et je me demande si j’ai envie de jouer
Tu n’es pas là pour donner ton avis
Pas là pour me souffler quoi faire
La réforme de la solitude commence
Et je me sens dans la peau d’un homme
Qui coupe du bois en plein été
Et coupe aussi des phrases
Dans la bouche de Kurt Cobain
Où as-tu dormi l’autre nuit
Où as-tu posé ton corps
Qui n’a rien d’un fantôme ?




Parfois, la poésie est à la littérature ce que le pied-de-biche est au coffre. Parfois. Le plus souvent elle sert le café


Ça commence à me souler à 90 degrés
Quand les problèmes te font des grands signes
Pour te coller bientôt sur la peau
Salsa non grata
Salsa noire dans le cerveau
On ne peut pas se promener sans devoir quelque chose
Sans lâcher un billet
Sans insérer son pessimisme dans la fente
J’aurai du oublier mon code
J’aurai du oublier de me lever
J’aurai du oublier qui je suis
Ecrire mille mots d’absence
Pour voir venir
Reprendre mon souffle à la fourrière
Un jour le soleil s’éteindra
Comme la lumière du salon
Je sais ce qui se passera dans le futur proche
J’ai une taupe sur place
Elle m’envoie des cartes postales énormes
Ou l’on voit l’économie planter ses carottes
Je sais compter jusqu’à 100 euros
Après le stress m’accompagne au piano
Et si quelqu’un croise ma route
On se met sur la bande d’arrêt d’urgence
Pour écouter nos volcans éteints
Moi ce que je voudrais au fond
C’est vous présenter mon dos
Mon visage s’est barré
Un jour de trop
Un jour
En général il y a beaucoup de monde
Dans le monde
Et un peu trop ce dimanche
Sur ce carré de pelouse où je guette artistiquement
La cuisson parfaite d’un brelan de saucisses
Un peu trop autour de ma position
Hautement stratégique
Devant les remparts du buffet presque vide
Je sens des porteurs d’estomacs virils et affamés
M’encadrer comme des gardes du corps malveillants
Surveiller mes faits et gestes
Et la moindre faiblesse de ma part
Si je fais l’erreur de partir maintenant
Pour parler à quelqu’un qui en a besoin
Ou me recueillir dignement aux toilettes
Sûr qu’ils se jetteront sur les restes
Comme si leur vie en dépendait
Comme si c’était une bonne journée
Pour être une hyène
Ça faisait longtemps
Qu’on n’avait pas pratiqué
Ça fait long feu
Un animal qui remonte l’oesophage
Quoi de meilleur que d’être vrai
Avec quelque chose dans la bouche
Animal sous les dents
Animal fatigué
Animal dans ses baskets
Animal en jupe
Animal sympa mais pas forcément
Animal on est mal
Ou mal ensemble
Animal timide
Animal sous couverture
Animal dont la faim pratique le javelot
Tout se pique ici au chronomètre
Même ta femme peut-être
Moi d’abord
Me disent les coudes et les épaules
Il y en a même un que tout le monde laisse passer
Il dit qu’il a une carte d’invalidité
De nos jours d’habitude tu dois confirmer qui tu es
Avant de pouvoir faire un pas décisif dans la vie
Mais là personne ne dit rien
A part les merles qui attendent leur heure
Sur la table tout se terminera
Tout se terminera sur la table
Ça aurait été aussi pas mal
Si on n’avait été que deux

95% de ce qui se fait en poésie ne me plait pas
Rien d’alarmant

99,99999999999  % des gens ne sont pas mes amis
Rien d’alarmant

70% du temps dédié au sauvetage de la réalité
Rien d’alarmant

1% de mon salaire aspiré dans l’effort de construction
Rien d’alarmant

12% de mon salaire aspiré en prévision de mon futur chômage
Réconfortant

80% de mon silence non traductible
Rien d’alarmant

3% de perte d’enfants autorisée en colonie de vacances
Rien d’alarmant

6% d’alcool avec toi
Rien d’alarmant

66% de suffrage pour une présidence au forcing
Quelques alarmes

80% de bons souvenirs en colonie
Rien d’alarmant

40% de chance de piquer le travail d’un autre dans l’année
Rien d’alarmant

70% d’alarmes quotidiennes
Rien d’alarmant

80 % de mes textes écrasés par les push-up du réseau
Rien d’alarmant

Rien d’alarmant si on éteint l’alarme
Elle a toujours fait semblant

Et si jamais quelqu’un un jour
Décide de payer une caution de papier

0% d’édition se fera virer
Et on regrettera son savoir-faire

On regrettera aussi que 100% de vengeance
L’embauche comme assistant

Allez, laisse tomber les chiffres
Dis-moi simplement

C’était comment avant que tu écrives ?

Je me suis levé
La poésie était partie avec un autre
Grand bien lui fasse
De toute façon je n’avais plus rien à dire
A part quelques insultes balistiques
Je préfère avoir faim
Une nouveauté
J’essaie le trampoline d’un café
J’essaie de monter sur le toit
La ville n’a pas trop changé
Quelques immeubles en plus
Quelques arbres en moins
Des câbles ont été tirés
Systèmes d’évacuation en place
Ils feront l’amour dans des appartements neufs
Ils feront l’amour jusqu’à ce qu’il y ait de l’amour
Ils s’engueuleront pour tester l’isolation phonique
Il y aura des pauses café et des pauses clopes
Et parfois ils essaieront de rêver ensemble
Comme deux guitares désaccordées
J’arracherais bien quelques antennes
Pour qu’ils soient tranquilles
Un chat en uniforme me rejoint sur le toit
Et me demande mes papiers
Je n’ai plus en stock que les lettres d’adieu
D’une poésie hautement infidèle
Faudrait que je me forme au roulé-boulé
Et que je revois le dosage du café
Une bonne idée
Embaucher des poètes productifs en intérim
Histoire de boucher les trous dans ma com
On n’y verra que du feu j’en suis sûr
Et le feu en poésie c’est déjà pas mal
Ça change des fonds d’écran essoufflés
Ça change des gens qui souhaitent tout éteindre
Ça me change de sens
Et je n’oublie pas ce que tu m’as dit
Tout le monde a le plan de la ville
Mais la ville n’a pas tous nos plans

Cet homme a dépensé tous ses mots
Ce sera un miracle s’il y a une suite
Après…. Si l’on veut bien être réaliste
Cet homme quand même loin d’avoir le charme
Et les pouvoirs d’addiction
D’une bonne série américaine
Nul ne le réclame comme un rein
Nul n’est prêt à troquer son intégrale de Guillevic
Contre ses prolongations narcissiques
Manque un scénar facile à suivre
Manque le papier-peint des morts spectaculaires
Et du sexe toutes les quarts-d’heure
La prochaine fois il mettra le paquet
Des cafés remaniant cent fois l’intrigue
La fièvre orbitale d’une lampe de 60 watts
Les copiés/collés ultra violents
Les cascades hallucinantes des figures de style
L’amour en faux-raccord
Et…
Et…
La télé s'allume
4 épisodes à la suite
Il annule tous les RDV avec la réalité du coin
Et dispense à ses amis d’obscures excuses
Et particulièrement incohérentes
Le coup de poing américain dans le poème
Peut-il faire pareil ?
Est-ce qu’écrire filme quelque chose ?
Silence on tourne en rond
Et toute poésie en production
Ressemble bien plus à un âne têtu sur un podium
Qu’à une actrice à moitié nue 
En phase de domination
Cet homme est au courant, il sait aussi
Qu'on peut faire passer une simple chaise de bureau
Constituée à 80 % de mousse
Pour un trône de fer
C’est une question de temps
Le temps qu’il faut pour qu’un type assis
Finisse par écraser toute la mousse
Le temps de choisir une des touches
Les plus polémiques du clavier
Entrée ou Supprimer ?
Toutes les séries veulent notre peau
Mais parfois ce n'est pas plus mal
de ne pas connaitre la fin




Inévitablement, le réseau ressemble de plus en plus à l’intérieur d’une baleine et nos nez s’allongent pour écrire l’incroyable histoire d’amour et de haine entre le 0 et le 1

Inévitablement nous restons perdus sur nos radeaux en fourrière, la main bloquée en visière sur une carte postale reçue tous les jours : sur la terre ferme, la fée joue au flipper au beau milieu de cadres d’élite qui continuent à faire du trampoline sur nos vœux 


Géométrie pour les nuls

Je suis le point A anonyme
L’admirateur en secret
Le rongeur de freins
Le rongeur de freins usés
Mais la mauvaise nouvelle quotidienne
C’est que toi point B
L’admirée sans sourire
Tu ne réponds pas
Tu as X priorités dans ce monde
Des priorités qui ne croisent pas ma route
Pourtant tu peux compter sur Internet
Tu peux compter sur tes doigts
Tu peux compter sur les câbles sous les plaines
Les câbles sous les villes
Les câbles sous les fleuves
Tu peux compter sur les câbles
Qui partent de chez toi
Tu peux compter sur les câbles
Qui arrivent chez moi
Tu peux appuyer sur une touche
Tu peux écrire deux phrases
Tu peux brûler 5 calories
Tu peux vérifier
800 kilomètres de distance entre nous
800 km c’est quoi ?
C’est 4 heures de train
Ou dix heures de route
Je ne conduis pas vite
Je suis prudent
Mais je sais arriver quand je pars
Mais si je pars pour te voir
Il faudra que tu m’attendes quelque part
Il faudra que tu sois prévenu qu’il faut m’attendre
Il faudra que je te dise qui je suis
Il faudra une photo récente pour ne pas te tromper
Il faudra qu’on prenne contact
Il faudra un contact
Il faudra que tu sentes le petit caillou sur ta fenêtre
Il faudra ouvrir ta fenêtre
Et laisser tomber tes longs cheveux
Pour que je puisse monter
Pour que je puisse monter très haut
Et quitter le secret du point A

Je n’ai pas spécialement envie de changer
Mais il parait que ne pas changer c’est mourir
Il parait que ma forme est obsolète
Que j’ai loupé des centaines de mise à jour
Qu’on me regarde comme une voiture cramée
En attente d’expertise
Ils disent que ma carte de crédit est la clé
Que je dois la sortir pour avoir accès à moi
C’est bizarre ces injonctions
Comme si naturellement j’étais un virus
Que la fonction d’acheter purifiait
Comme si se déconnecter
Devenait un petit morceau d’arête
Coincé dans la gorge de l’économie
Je ne veux pas changer tout de suite
Je commence juste à m’habituer
A me plaire, à me renflouer
Pas grave si je tiens du papier-peint d’il y a 20 ans
Et du système d’exploitation d’une statue
C’est vrai qu’à ce rythme d’antiquité
Les musées vont bientôt me réclamer
Je ne dis pas que j’ai raison
Même à trois jours de barbe
Je n’ai pas ce luxe dans les poches
On n’est que le théorème de soi-même
Et parfois ne pas bouger et ne pas chercher la suite
Regarder un arbre grandir par la fenêtre
Laisser passer plusieurs métros bondés
Se laisser porter par la poésie clandestine
D’un mail reçu comme un carreau d’arbalète
Entre les deux yeux à l’essai
Parfois ça vaut le coup
Ça vaut le coup de prendre la pause
De s’installer loin des scénaristes de notre chute
Ça vaut le coup de rester fixe
Comme un clou dans un mur qui court
On voit mieux ce qu’on devient
On voit mieux pour qui on bosse
Pour qui nos changements sont une mine d’or
Mais je n’aime pas parler pour les autres
Aujourd’hui je ne bouge pas
Je n’ouvre pas ma porte
Je ne me refais pas le visage
Je vais chercher ma saveur ancienne
Celle qui existait avant qu’on m’étouffe de confettis
Celle qui ne doit rien aux centres commerciaux
Celle qui dort dans une guitare sans cordes
Je reste là longtemps à faire le guet pour rien
Je reste si longtemps moi-même
Qu’un huissier de justice pourrait passer
Et constater que je ne bouge vraiment pas plus
Qu’un recueil de poésie dans une grande librairie

Capitale du réel

Bien sûr que tu peux t’offrir une île déserte
Des filtres anti-réseaux et des patchs de soleil
Chaque café est une parcelle habitable
Et tu peux y mettre les guerres que tu veux
La dictature d’un texte et sa chute de toboggan
Ou si tu préfères la paix
Si tu es quelqu’un de sage par moments
Ou tardivement rationnel
Pose un comptoir
Sur la plage noire qui vient de Colombie
Une table de bar sponsorisant tes fesses
Et en déco minimale
Un poster froissé de Sonic Youth datant de 1994
Un squelette de manager authentique
Et pour finir ce gros rocher rose et breton
Où derrière se cache
Un couple qui dure plus longtemps
Que le plus malin des présidents
Dans ces cas là tout est possible
Surtout la fin du monde en codes-barres
Tout est possible pendant 10 minutes
C’est possible que tu ne serves à rien
Et que tu en fasses un trophée
Comme quand tu gardais des os de seiche
C’est possible que les 10 minutes d’un café chaud
Soient des préliminaires bon marché
C’est possible qu’il y ait une suite cachée
A 9 centimètres de profondeur
C’est possible qu’autour de cette île
Les  dangers te caressent
En accusé-réception
Mais bon avant d’écrire jusqu’à l’os
Infiltrer le réseau des nerfs
C’est déjà un chantier
Et puis ne te crois pas seul
Parce que ton lit se creuse d’un seul côté
C’est un canular sympa
Tu tiens bien entre des lèvres
Si tu enlèves le papier de verre qu’il y a sur les tiennes
Arrête d’écrire
Quelqu’un prendra bien le relais
Ça suffit comme ça de sortir à l’ancienne
Son cœur sur la table
Comme un billet de 500
Et s’apercevoir que c’est un faux
Bois et ne t’étouffes pas tout de suite
A force de faire le tour de ton corps
Toi aussi tu as le droit à des moments extrêmes
Dans la banalité
A quelle température prend-on feu ?
Tu n’iras pas chercher la réponse tout de suite
Mais cette femme qui te sert un autre café
Et agrandit ton île et son cadastre
Sa main bat les cartes dans ton cerveau
Sa main se coince dedans
Et tu aimes ça
Tu aimes ça t’éloigner des capitales
Que feras-tu de tes mains après avoir écrit ?

Ghost in the web

LA REGLE : il y a autant de poésies que de poètes

Exception : certains poètes sont persuadés qu’il n’y en a qu’une

Cause : précarité cérébrale ou phobie foudroyante de l’Autre

Conséquence : agression probable d’autres poètes en cas de contact

Exemple dans une cour de récré : « C'est sympathique ce que tu fais. Mais problème : suffit-il de retranscrire du langage très ordinaire de tous les jours en revenant à la ligne pour faire un "poème"? »

Version racaille : Touche pas à ma poésie sinon je te casse en deux comme un Twix

Réponses envisagées : scalp de silence, économie d’énergie, dignité sans béquilles, toutefois en cas d’infection présumée - et selon la gravité des faits prévue au code de la Poésie applicable en open space mondial : possibilité de renvoyer la balle à la vitesse du désir de voir cet anti-pote se prendre une éclipse de gueule 

En d’autres termes : l’autre joue n’est pas un paillasson

Ajustement : soyons constructifs comme une barre HLM

Objection compulsive : Ma poésie et pas la tienne !

Moralité : parfois la poésie descend de Street Fighter

Réalités en cours : certaines poésies se lèvent tôt le matin, d’autres engraissent les étoiles, quelques privilégiées ont pour managers de vrais arbres, des vents et des rivières au leadership naturel, quand à l’élite qu’on voit se presser dans des rayons VIP et dans les cours d’université, elle tète encore au sein et parfois c’est beau mais pas tout le temps, pas tout le temps… 

Rumeur : tout le temps qu’on passe à définir la poésie ça ne fait pas de la poésie

Final cut : on sera tous d’accord quand on aura inventé l’écriture sans écriture et la poésie sans guerre du feu, mais peut-être qu’on s’ennuiera un peu à ce moment là, comme un thon dans une boite…
(en soutien à un mec)


Lorsqu'un type n'aime pas ce que tu fais en tant qu'artiste et choisis de perdre son temps à le dire publiquement et plutôt entre les lignes, il y a là, je trouve, une forme indubitable de consécration : aucun talent réel ne vient au monde sans son cortège de sifflements précaires...
Eléments d’enquête #4

Je vois bien qu’il y a des choses qui ne vont pas
Quand je sors de chez moi en mode rémunéré
Des choses en costume qui m’ouvrent la bouche
Pour dire bonjour sur un ton de captivité
Des choses qui ont bien dormi et qui exigent
Que j’écarte les cuisses de mon cerveau
Tout va bien répété mille fois
Tout va bien parmi les têtes qui sautent
Ils sont en train d’inventer le cri climatisé
Et de nouvelles expériences intimes

Détruire en arborescence et en détail, sans laisser de traces

Et on ne peut pas éteindre la lumière
Et les ordinateurs continuent de chauffer
Et les fumeurs en bas racontent ce qu’ils ont vu
Tout le monde les croit
Et personne ne veut que ça tombe sur lui
Personne ne veut prendre
Une forme spectaculaire
En traversant les couloirs mille fois traversés
Généralement la dernière mue
Avant le Director’s cut

Budget illimité pour faire sauter la racaille de bureau

Voulez-vous bien vous placer au centre du viseur ?

Oui je suis du mauvais côté et loin de chez moi
Oui je ne suis plus très sûr de mon personnage
Il y a trop d’indices comme des doigts dans l’œil
Qui le fouillent, qui fouillent ma nature de racaille
C’est dommage car j’aimais bien mes fiches de paie
La couleur bleue des rubriques
Les petites lignes mystérieuses et butées
Elles vont me manquer
Dans ces moments il y a des questions qui n’ont rien à voir
Se demander plein d’espoir ce qu’on mange ce soir

Ils ont pris le contrôle des mots

Et on ne peut pas éteindre la lumière
Et les ordinateurs continuent de chauffer
Et les fumeurs en bas racontent ce qu’ils ont vu
Tout le monde les croit sur parole
Et personne ne veut que ça tombe sur lui
Personne ne veut voir son corps
Devenir un spectacle
En passant des portes mille fois évitées
Détruire s’apprend dans certaines écoles
Comme on apprend à faire un nœud de cravate

Budget illimité pour ne plus avoir à me serrer la main

Voulez-vous qu’on rajoute une musique d’ascenseur qui descend ?

Dispersion #39

Le problème des projets
C’est qu’ils peuvent vivre de leur propre vie
Et continuer à donner des ordres
Depuis la tête de lit

Dispersion #38

J’enlève mes lunettes
J’enlève tes lunettes
Il ne restait que ça

Dispersion #37

Déracine toi, tu n’es pas une plante

Ou alors tu es une fausse plante
Et ça revient au même
Et c’est même plus facile

Dispersion #36

Il n’y a pas qu’aux momies
A qui l’on a retiré le cerveau

Dispersion #35

Il s’est tordu le cou pour la voir
Pour la voir partir avec un autre
Un homme meilleur que lui
Meilleur en tout
C’est peut-être son imagination
Mais ce qui est sûr
C’est qu’il a du cédé sa place
Sa place dans le lit
Sa place dans le cœur
Sa place dans le cœur du lit
Il n’a pas osé commettre un crime
Il n’a rien prémédité
Parce qu’il n’a pas osé
Il lui reste la philosophie
La philosophie dure à lire et qui fait suer
La philosophie personnelle et qui fait suer
Il aurait dû tout préméditer
Il aurait du tout prémédité pour éviter
De traîner le brancard du passé
Il aurait du tout préméditer
Depuis le début
Et jusqu’à la fin
Parce que le brancard fait suer

Son cou ira mieux dans quelques jours