(pour en finir avec la rentrée « littéraire » / Dédicace aux commerciaux écrivains)

Si la rentrée est pour toi
Le signe qu’il est temps de domestiquer
Toutes les librairies de France
Si tu as écrit un livre sans faille et sans douleur
Avec ces sages-femmes hyper bien payées
Je veux dire tes potes du marketing
Si ce livre hyper calibré porte ton nom
Alors que tu n’y as même pas joui
S’il est capable de crocheter
N’importe quel cerveau fatigué
Par le harcèlement publicitaire
Si tu crois que la littérature est une peau d’ours
Sur laquelle tu fais des pompes
Si tu comptes les centimètres sur les étals
Les centimètres halogènes de ta présence
Si tu écris pour exister
Un quart d’heure à la télévision
5000 ventes de plus
Si tout cela t’est facile comme
De virer les gens un peu trop vrais autour de toi
Alors ta gueule vaut plus chère que ton ombre
Ta gueule s’habille en podium
C’est dur à entretenir
Ça consomme beaucoup d’électricité
Beaucoup de relations d’appoint et de trahisons
Mais tu t’entraînes depuis si longtemps
Ton psy a démissionné grâce à toi
Tu y vois un signe clair
Un signe d’alignement derrière toi
Derrière ces mots que tu n’écris pas
Mais que tu manages
L’intelligence est parfois dégueulasse
On t’achètera sans doute mais on ne t’aimera pas
Ce n’est pas la priorité de nos jours
De nos jours l’amour se fait jeter de la réalité
Et dire que tu parles de lui sur 200 pages
Comme si tu l’avais vu de près
Et alors ?
On fait bien des films avec des dinosaures
Des trucs bien morts et au musée
Tu dors super bien la nuit
Septembre est ton complice
Pour braquer les lecteurs
Et la meilleure poésie pour toi est celle qui pointe
Sur la ligne solitaire mais lyrique d’un chèque
Quand même c’est marrant d’être écrivain
Un écrivain pas du tout dépressif
Et qui porte ce mois-ci un slip Hugo Boss
Personne ne t’aimera vraiment
Ça tombe bien car en septembre
Tu te sens d’humeur à tous les baiser
Une humeur bancaire qui te ferait dire
Un soir de remise de prix
Il suffit d’écrire sous Excel
Pour se débarrasser de l’éternité

La poésie n’est pas un chien d’attaque très obéissant
Souvent elle se retourne contre son maître
Souvent elle cache un tibia ou une clavicule
Dans un trou au fond du jardin
Heureusement qu’il y a des prothèses à foison
Dans les livres qu’on n’a pas écrits
Heureusement qu’on peut piquer
Un peu de moelle à ses amis
Et se planquer sous un matelas de métaphores
Quand le jour se lève un peu trop tôt
Normalement le poète a une préférence pour les chats
Mais 3 siècles de domination ça suffit
Il faut savoir écrire comme un chien
Et louer son cerveau à des chiens
Si on veut siffler le monde un peu sourd
Et le voir faire allégeance
On peut toujours rêver c’est dingue
Aucun président ne fera des réformes là-dessus
D’ailleurs
Pour rester à couvert dans ce champ lexical
Si la poésie montre parfois les crocs
Ce n’est pas tant pour effrayer la galerie
Que pour se brosser les dents
Et chasser la mauvaise haleine du monde
Ceux qui prétendent que la poésie est glamour
Dans sa niche de panthéon
Sont beaux comme des CRS
Proposant une théorie du chaos un jour de peuple
Et si personne ne voit le rapport après deux verres
Ni le rapport entre les deux verres
C’est qu’il est minoritaire
Un peu étouffé par sa laisse
Dernière chose avant de passer à une activité salariée
Qui ne tolère aucune phrase gratuite
Si malencontreusement vous perdez votre chien
Ne le cherchez pas
Il serait capable de revenir empaillé
Ne le cherchez pas non plus ailleurs
Ailleurs
Ça s’écrit ici

Que devient ton égo l’ami ?

Toujours aussi occidental ?

Toujours en gros plan ?

Une image scoop à nous refourguer peut-être?

J’ai cru entendre que c’était comme un shérif vieillissant dont l’insigne sur la poitrine se désagrégeait un peu plus chaque jour au contact des regards apprentis assassins

Pourtant toi aussi on t’apprend à devenir assassin dans les cerveaux, et même je crois que tu as des victimes qui prendraient bien leur revanche notamment aux abords de la valve mitrale, c’est de bonne guerre sauf quand tu tombes sur experts, des gens bien mieux formés et bien mieux payés pour ne pas faire de sentiments

Ce qui est vrai c’est qu’on t’apprend bien plus à écraser qu’à éviter de te faire écraser

Tu ne crois pas que tu devrais gober un psy ou faire le tour de la Terre à dos de souris Logitech ?

Tu ne crois pas que demain te tendra ses bras coupés 

Peut-être que quelqu’un balancera une blague quand personne ne s’y attendra

Une blague dans le système bien plus efficace qu’une piqure de Botox

Sur la gueule d’un président reprenant le tube de Bourvil

Les rois fainéants n’ont bien qu’à se tenir

Et se recouvrir le dos de glue avant de se remettre au lit 

Si ce n’est déjà fait

Certains ont vu venir les mocassins dans les sabots

Ton égo est-il réceptif ?

N’oublie pas d’enclencher le Full HD

Et de faire l’amour 300 fois

Avant de sortir de chez toi

Aujourd’hui est une vieille guitare lancée en l’air

Trois choix s’offrent à moi
Avant que le soleil ne se plante plus haut
Trois blagues en colocation
Qui ont mis leur cravate et leur dentier
Comme si je faisais un casting
Devant mon café
Choix 1
Rejoindre le ring du quotidien
Mais sans les poings
Continuer à bosser
Pour les beaux yeux du capitalisme
Et laisser les insultes dans la penderie
Choix 2
Si je suis courageux
Tomber dans les escaliers
Avec un casque de chantier
Si je ne le suis pas
Forte probabilité quand même
Choisir une maladie bénigne
Tousser pour s’échauffer un peu
Asile politique offert aux virus
Choix 3
Manger avec application
Les premières pages de la Recherche
Le cerveau en Marcel
Comme on dit
Une dépression en 5 minutes chrono
Est-elle possible ?
Je l’ignore mais ça vaut le coup d’essayer
L’homme est une expérience
Qui n’en finit pas de rater
Me disait mon prof de ping-pong
Malade juste ce qu’il faut
Sans ramener l’hôpital chez soi
La crédibilité des symptômes importe peu
C’est la communication qu’on en fait
Qui goudronne la journée
Par exemple
La catapulte d’un mail ou d’un texto
Vers un service RH
Un appel avec une voix trafiquée
Désolé je ne pourrai pas venir
Vous laver les pieds
Ni trouver de l’or dans ma sueur
C’est à peine si je peux cracher dans la soupe
C’est à peine si je vous parle
Si je vous parle sans crier
Comme si la mort me prêtait son chewing-gum
Une petite arnaque
Comme un tapis rouge
Une petite arnaque parmi d’autres
Pour s’en sortir
Je vois une guitare dans le ciel
Qui prend son temps

Se reposer est un jeu d’échecs

Au hasard je me lève
Mais on ne pourra pas dire comme le soleil
La poésie a des limites à 5h du mat
Des limites clairement scientifiques
Et qui réclament qu’on les plonge dans du café
On est quel jour ?
On est quel visage ?
Inutile de compter
Sur les deux tire-au-flanc de proximité
Qui se font passer pour des chats
Inutile de démonter l’ordinateur
Qui attend des instructions précises
Une frappe au bout des doigts
Effaçant l’instinct de fantôme
Et je me rappelle que
Tous les jours c’est le 1er avril
Et tous les jours aussi
Je fais du sport de glisse
Sur la gueule qu’on me donne
Andy Warhol, Nico et le Velvet ne l’ont pas dit
Mais le visage est une peau de banane
Qui se prend pour une pomme
Et ce serait facile de dire
Une pomme ravagée de pépins
Mais je n’aime pas trop cette version
A 5 heures du matin
Ça sonne comme une porte d’entrée
Et je préfère les sorties bien éclairées
Donc je rajouterai un peu de poison
Avec ma plus belle main de sorcière
C’est bon je l’ai écrit
Petit producteur
J’ai rempli mon cageot
Maintenant c’est bien beau
C’est bien laid
Pas d’erreur marketing
Mais qui vient me croquer avec de vraies dents
A cinq heures du matin ?
Franchement il n’y a pas foule
Dans les dimensions officielles
Si je mets un peu de musique
Ça change quelque chose ?

La rentrée
C’est marrant ce terme
Vu qu’on est peut-être parti
Mais pas vraiment sorti
Des limites de la société
La rentrée
C’est le mirage en bande organisée
Le frottement de mains mondial
Des équipes marketing
Les surfaces deviennent grandes
Les cerveaux convertibles
Les listes hautement tactiques
A ce moment aussi
Les rayons ne sont plus solaires
Aucune fenêtre pour contredire
Et dans ce dispositif rituel
Aussi drôle qu’un rappel d’impôts en 3D
Les objectifs sont simples
On n’est pas loin du mantra fauché
Dans la bouche d’un illuminé
Je vais voir de plus près
Je veux pousser du caddie moi aussi
Je veux ma part du butin
Ma part d’abondance
Même si je n’ai aucun besoin
Dans l’instance
La règle à bord
Tu rentres tu paies après
Cartes bancaires en cours de soumission
Et je vois dans les allées
Les enfants qui managent leurs parents
Les parents bien élevés par le système
Affaires de classe
Classe affaires des marques
Vendre du neuf à des vieux précoces
Vendre du vieux dans de la lingerie neuve
Des palettes chargées de livres ou de viande
Même combat
Des livres qui se demandent ce qu’ils font là
Et nul ne leur répond
Et nul ne se plaint au bout de la chaine
Des caisses en Burn-out
Je commence à reculer
Comme si je venais de voir mon chef dans mon lit
La rentrée c’est pour tout le monde
Gueulent les panneaux
Ils ont bloqué les sorties sans achat
Et posté de nouveaux vigiles
Bien plus balaises que les précédents
Je leur demande si je peux rentrer chez moi
Si je peux quitter la file discrètement
Ils me répondent d’un autre monde
Doigt tendu vers l’infini des codes-barres
La rentrée c’est ici
On a le monopole

Vouloir partir en courant
Dans un long travelling
Comme dans les 400 coups
Et se prendre le mur du son
A 30 km/heure avec des baskets chinoises
Le mieux qu’il puisse faire sans dopage
Les pieds sur le bureau
La réalité saute sur l’occasion
Mon pote, c’est l’heure de tout te dire
Ta chaise connait de meilleurs décollages
Ça va te paraître un peu gros
Mais ta chaise a été fabriquée par la Nasa
Tu peux vérifier il y a le logo sous l’assise
Et puis après toutes ces années passées à écrire
A boire comme un trou noir avec le vide
Et toutes ces sales gueules d’étoiles
C’est quand même pas une surprise
Le doute peut faire ses valises
Perdre autant de fric
Sur le dos bossu de ta poésie
Je pense que tu peux faire un effort
Et modifier ton orbite
Ce qui se passe sur la Terre
C’est toujours l’encyclopédie des mystères
Ne fais pas la fine bouche
La rue a de bons amortisseurs
Rapporte-nous quelques cailloux
On les mettra dans les chaussures qu’il faut

Je me sens fort comme un lion dans le viseur, heureusement que j’ai lu hier soir, la ville peut bien quadriller le marché du désir et tracer nos faiblesses jusqu’à en trouver les muqueuses, il reste quelques renfoncements que ses caméras ne couvrent pas : des îles de poche, des poches où mettre ses mains, des mains qui tissent des histoires, des histoires qui camouflent le cerveau. Sur le trottoir je tiens en rappel par le fil d’un texte qui ne rapporte aucun argent à son auteur, c’est peut-être un détail mais aujourd’hui comme pas mal d’autres jours, ce sont des détails qui nous maintiennent debout, et tourner une page dans un monde qui se croit moderne, ça reste encore la bonne direction

Comme il me reste de l’argent
J’ai le droit de partir
Pas trop loin
Pas trop longtemps
Je connais un point de chute
Je connais les règles
Le quotidien se ferme à clé
La clé qu’on avale
Pour être sûr
Top départ
Quand les autres dorment
Mégot d’évasion
Vitesse et distance me carrossent
Quelques valises à trainer
Pour labourer les trottoirs
Egos de rechange
Détecteurs de terrasses
Pulls en cas de trahison solaire
Trois bouquins 
Pour ne pas se laisser faire
J’ai pensé à tout et c’est dommage
C’est dommage
De ne pas laisser les zones d’ombre
Me dire de quoi j’ai l’air
Après toutes ces années
Les kilomètres portaient un espoir
Et la mer au bout du rouleau
N’est pas forcément une impasse
Reste à plonger
A s’éloigner du bord
De tous les bords
Les vacances ne servent à rien d’autre
Qu’à déplacer nos dépenses
Et parfois quand on a de la chance
Casser la branche de son regard
Se tailler un bâton
Pour frapper la route
Frapper cette route trop sage
Où nous attendent les vendeurs de glace
C’est dommage
Tout le monde se prend
Pour Hansel et Gretel en short
Je me barre à vélo
Dans une course-poursuite invisible
Qu’y-a-t-il au bout de l’île ?
Des gens qui prennent des photos
Des enfants qui abandonnent leurs parents
Des animaux bien cachés
Et moi qui lance des pierres

Des pierres pour me prolonger
C’était ma faute
Je ne m’étais pas écarté à temps dans le métro
Le type s’était planté devant moi
L’air tout heureux
Comme s’il m’avait enfin trouvé
Après une longue quête
Son visage braqué à 10 cm
Je voyais bien que ma folie de pacotille
Ne ferait pas le poids face à la sienne
J’étais bon pour l’affichage public
C’EST QUOI UNE BONNE JOURNEE ???
TU LE SAIS TOI ???
L’homme avait un mégaphone dans la gorge
Toute la rame à présent bien réveillée
Attendait un bikini de réponse
Ma foi c’était une bonne question
Un bon sujet de philo entre deux stations
Ce n’était pas sûr que je puisse
M’en sortir avec une banalité sur ce coup
EST-CE QUE TU SAIS POURQUOI IL FAUT
TOUT UN TAS DE MAUVAISES JOURNEES
POUR SAVOIR
COMMENT EN PASSER UNE BONNE ???
Là ça se corsait sévère
De quoi finir en copie double
Les yeux du type me fouillaient avec la puissance
D’une autopsie en milieu bactérien
Je n’étais pas loin de lui demander un joker
Ou un délai de 24 heures
Mais quand les portes se sont ouvertes à St-Michel
Il est descendu et a disparu dans la foule
Décevant d’un coup tout son public 
Fumiste de sphinx qui n’attend pas
La réponse à son énigme
Et moi je ne me sentais plus l’obligation
D’ouvrir la bouche
Malgré tous les regards sur la tempe
Fumiste de passager
Pas foutu de s’éclaircir la gorge et le cerveau
Je n’avais pas la réponse
J’aimerais bien vous y voir
A plancher dans des souterrains
C’est quoi une bonne journée ?
Tu le sais toi 

Rien à faire de fracassant
A 8 heures du matin
Aucune identité désirable à ma porte
Je laisse mon nom au placard
Avec les monstres administratifs
J’attends des nouvelles
De n’importe quoi
De n’importe qui
Les voisins sont partis en vacances
Pour que je m’occupe du silence
C’est facile à entretenir
Facile à nourrir
Quand tout le monde déserte
Vers l’eldorado du bronzage
Il y a des choses que je fais bien
Et des choses que je fais mal
Des fois on ne voit pas la différence
Le passé sèche dans un coin
Et les chats font de la philo non verbale
Je me demande où tu es passée
Le lit cette nuit était bien trop grand
Toute une partie en jachère
Où mes mains en éclaireurs ne touchaient
Que les vestiges des cellules mortes
Ce n’est pas ma scène préférée
Chômage domestique en hausse
Et manifestations violentes devant le frigo
Quelle politique de secours
Pour sauver la faune d’un T3 ?
Je me vois bien assis
C’est déjà ça
Le futur dans une cuillère à café
Les choses simples nous sauvent un peu
Dehors il pleut des cordes de guitare
Et je me demande si j’ai envie de jouer
Tu n’es pas là pour donner ton avis
Pas là pour me souffler quoi faire
La réforme de la solitude commence
Et je me sens dans la peau d’un homme
Qui coupe du bois en plein été
Et coupe aussi des phrases
Dans la bouche de Kurt Cobain
Où as-tu dormi l’autre nuit
Où as-tu posé ton corps
Qui n’a rien d’un fantôme ?




Parfois, la poésie est à la littérature ce que le pied-de-biche est au coffre. Parfois. Le plus souvent elle sert le café


Ça commence à me souler à 90 degrés
Quand les problèmes te font des grands signes
Pour te coller bientôt sur la peau
Salsa non grata
Salsa noire dans le cerveau
On ne peut pas se promener sans devoir quelque chose
Sans lâcher un billet
Sans insérer son pessimisme dans la fente
J’aurai du oublier mon code
J’aurai du oublier de me lever
J’aurai du oublier qui je suis
Ecrire mille mots d’absence
Pour voir venir
Reprendre mon souffle à la fourrière
Un jour le soleil s’éteindra
Comme la lumière du salon
Je sais ce qui se passera dans le futur proche
J’ai une taupe sur place
Elle m’envoie des cartes postales énormes
Ou l’on voit l’économie planter ses carottes
Je sais compter jusqu’à 100 euros
Après le stress m’accompagne au piano
Et si quelqu’un croise ma route
On se met sur la bande d’arrêt d’urgence
Pour écouter nos volcans éteints
Moi ce que je voudrais au fond
C’est vous présenter mon dos
Mon visage s’est barré
Un jour de trop
Un jour
En général il y a beaucoup de monde
Dans le monde
Et un peu trop ce dimanche
Sur ce carré de pelouse où je guette artistiquement
La cuisson parfaite d’un brelan de saucisses
Un peu trop autour de ma position
Hautement stratégique
Devant les remparts du buffet presque vide
Je sens des porteurs d’estomacs virils et affamés
M’encadrer comme des gardes du corps malveillants
Surveiller mes faits et gestes
Et la moindre faiblesse de ma part
Si je fais l’erreur de partir maintenant
Pour parler à quelqu’un qui en a besoin
Ou me recueillir dignement aux toilettes
Sûr qu’ils se jetteront sur les restes
Comme si leur vie en dépendait
Comme si c’était une bonne journée
Pour être une hyène
Ça faisait longtemps
Qu’on n’avait pas pratiqué
Ça fait long feu
Un animal qui remonte l’oesophage
Quoi de meilleur que d’être vrai
Avec quelque chose dans la bouche
Animal sous les dents
Animal fatigué
Animal dans ses baskets
Animal en jupe
Animal sympa mais pas forcément
Animal on est mal
Ou mal ensemble
Animal timide
Animal sous couverture
Animal dont la faim pratique le javelot
Tout se pique ici au chronomètre
Même ta femme peut-être
Moi d’abord
Me disent les coudes et les épaules
Il y en a même un que tout le monde laisse passer
Il dit qu’il a une carte d’invalidité
De nos jours d’habitude tu dois confirmer qui tu es
Avant de pouvoir faire un pas décisif dans la vie
Mais là personne ne dit rien
A part les merles qui attendent leur heure
Sur la table tout se terminera
Tout se terminera sur la table
Ça aurait été aussi pas mal
Si on n’avait été que deux

95% de ce qui se fait en poésie ne me plait pas
Rien d’alarmant

99,99999999999  % des gens ne sont pas mes amis
Rien d’alarmant

70% du temps dédié au sauvetage de la réalité
Rien d’alarmant

1% de mon salaire aspiré dans l’effort de construction
Rien d’alarmant

12% de mon salaire aspiré en prévision de mon futur chômage
Réconfortant

80% de mon silence non traductible
Rien d’alarmant

3% de perte d’enfants autorisée en colonie de vacances
Rien d’alarmant

6% d’alcool avec toi
Rien d’alarmant

66% de suffrage pour une présidence au forcing
Quelques alarmes

80% de bons souvenirs en colonie
Rien d’alarmant

40% de chance de piquer le travail d’un autre dans l’année
Rien d’alarmant

70% d’alarmes quotidiennes
Rien d’alarmant

80 % de mes textes écrasés par les push-up du réseau
Rien d’alarmant

Rien d’alarmant si on éteint l’alarme
Elle a toujours fait semblant

Et si jamais quelqu’un un jour
Décide de payer une caution de papier

0% d’édition se fera virer
Et on regrettera son savoir-faire

On regrettera aussi que 100% de vengeance
L’embauche comme assistant

Allez, laisse tomber les chiffres
Dis-moi simplement

C’était comment avant que tu écrives ?

Je me suis levé
La poésie était partie avec un autre
Grand bien lui fasse
De toute façon je n’avais plus rien à dire
A part quelques insultes balistiques
Je préfère avoir faim
Une nouveauté
J’essaie le trampoline d’un café
J’essaie de monter sur le toit
La ville n’a pas trop changé
Quelques immeubles en plus
Quelques arbres en moins
Des câbles ont été tirés
Systèmes d’évacuation en place
Ils feront l’amour dans des appartements neufs
Ils feront l’amour jusqu’à ce qu’il y ait de l’amour
Ils s’engueuleront pour tester l’isolation phonique
Il y aura des pauses café et des pauses clopes
Et parfois ils essaieront de rêver ensemble
Comme deux guitares désaccordées
J’arracherais bien quelques antennes
Pour qu’ils soient tranquilles
Un chat en uniforme me rejoint sur le toit
Et me demande mes papiers
Je n’ai plus en stock que les lettres d’adieu
D’une poésie hautement infidèle
Faudrait que je me forme au roulé-boulé
Et que je revois le dosage du café
Une bonne idée
Embaucher des poètes productifs en intérim
Histoire de boucher les trous dans ma com
On n’y verra que du feu j’en suis sûr
Et le feu en poésie c’est déjà pas mal
Ça change des fonds d’écran essoufflés
Ça change des gens qui souhaitent tout éteindre
Ça me change de sens
Et je n’oublie pas ce que tu m’as dit
Tout le monde a le plan de la ville
Mais la ville n’a pas tous nos plans

Cet homme a dépensé tous ses mots
Ce sera un miracle s’il y a une suite
Après…. Si l’on veut bien être réaliste
Cet homme quand même loin d’avoir le charme
Et les pouvoirs d’addiction
D’une bonne série américaine
Nul ne le réclame comme un rein
Nul n’est prêt à troquer son intégrale de Guillevic
Contre ses prolongations narcissiques
Manque un scénar facile à suivre
Manque le papier-peint des morts spectaculaires
Et du sexe toutes les quarts-d’heure
La prochaine fois il mettra le paquet
Des cafés remaniant cent fois l’intrigue
La fièvre orbitale d’une lampe de 60 watts
Les copiés/collés ultra violents
Les cascades hallucinantes des figures de style
L’amour en faux-raccord
Et…
Et…
La télé s'allume
4 épisodes à la suite
Il annule tous les RDV avec la réalité du coin
Et dispense à ses amis d’obscures excuses
Et particulièrement incohérentes
Le coup de poing américain dans le poème
Peut-il faire pareil ?
Est-ce qu’écrire filme quelque chose ?
Silence on tourne en rond
Et toute poésie en production
Ressemble bien plus à un âne têtu sur un podium
Qu’à une actrice à moitié nue 
En phase de domination
Cet homme est au courant, il sait aussi
Qu'on peut faire passer une simple chaise de bureau
Constituée à 80 % de mousse
Pour un trône de fer
C’est une question de temps
Le temps qu’il faut pour qu’un type assis
Finisse par écraser toute la mousse
Le temps de choisir une des touches
Les plus polémiques du clavier
Entrée ou Supprimer ?
Toutes les séries veulent notre peau
Mais parfois ce n'est pas plus mal
de ne pas connaitre la fin